John Outlaw un corsaire anglais au service de la France

Une recherche sur Noël Chartrain, l’ancêtre de plusieurs Chartrand et Chartrain au Québec, m’a amené à croiser la route d’un personnage hors du commun, un dénommé John Outlaw.

Le 16 juillet 1698 à Québec, alors que Noël Chartrain s’apprête à épouser la veuve Françoise Denis. Le notaire Guillaume Roger qui rédige le contrat de mariage identifie ainsi les futurs mariés :

[…] furent présents d’une part Sieur Noël Chartrain enseigne dans une des compagnies du détachement de la marine en ce pays pour le service du Roy […], d’autre part Damoiselle Marie Françoise Denis, veuve de défunt Jean Outelas[1], vivant capitaine de vaisseaux et géographe en ce pays.[2]]

 

 

Dès l’abord, ce patronyme anglais par sa signification de « hors-la-loi » ainsi que ses titres de capitaine de vaisseau et de géographe ne peuvent qu’attiser ma curiosité. Enfin, des prospections préliminaires m’indiquent qu’aucune biographie complète ne semble avoir été réalisée. Plusieurs zones d’ombres demeurent, notamment en ce qui concerne sa vie en Nouvelle-France et les circonstances de sa mort.

Comme Françoise Denis avait eu deux enfants de son précédent mariage, un inventaire des biens avait été rendu nécessaire. Ce document nous fournit d’autres informations intéressantes. Nous y apprenons, entre autres, que Jean Outelas et son épouse louaient à Québec une maison appartenant au sculpteur Denis Mallet, un artisan qui travaillait à la fabrication du tabernacle de la chapelle des Pères Récollets.

Le greffier recense et décrit une liste de biens qui pourront faire partie de l’héritage des « deux enfants mineurs issus du mariage entre ledit défunt Sieur Outelas et la dite Demoiselle Denis ».

L’oncle des enfants, Charles Denis, Sieur de Vitré[3], un des frères de Françoise, est nommé subrogé tuteur. Son rôle est de veiller à ce que l’inventaire se déroule dans les règles. D’ailleurs, rien n’est oublié, de la « méchante lèchefrite » au pot à eau, assiettes et autres objets quotidiens. La liste est longue, mais peu d’articles ne semblent avoir appartenus en propre au capitaine à l’exception des effets suivants:

  • Une carte de la rivière non parachevée estimée à trois livres;
  • Une méchante vieille épée avec poignée de petits fils d’argent estimée à trois livres;
  • Plusieurs morceaux d’arbalestrilles[4] et autres instruments propres pour servir à la navigation, le tout estimé à six livres;
  • Un vieux juste au corps et une vieille camisole de drap tout usés estimés à dix livres;
  • Une vieille paire de bas bleus à hommes, une vieille ceinture de ferrandine, un vieux bonnet de laine blanchi double et un vieux bonnet de drap garni de peaux d’ours estimé le tout à 4 livres;

 

 

Un peu plus loin on ajoute: « six vieux livres anglais reliés en veau et en parchemin ». Ces livres qui ne seront pas prisés car jugés« inutiles n’étant pas dans notre langue » . Il devait s’agir de bouquins relatifs à l’architecture navale et à la navigation. Somme toute, Outlaw lègue un bien maigre héritage. Par contre, le capitaine géographe semble avoir laissé beaucoup de dettes. L’inventaire, qui fait aussi état du passif, mentionne une somme de 1 800 livres empruntée à un nommé Jean Gould marchand.

D’où vient cette dette ? De quelle manière cet « Anglais de nation »[5], est-il passé du côté français ? Quelles furent ses activités en Nouvelle-France ? Dans quelles circonstances est-il décédé ? Pourquoi la date de sa mort n’est-elle fixée que de façon aléatoire aux alentours de l’hiver 1697-98? Toutes ces questions appellent des réponses que j’espère trouver quelque part dans les archives.

Une lettre intéressante

D’entrée de jeu, j’ai la chance de pouvoir consulter un document numérisé éminemment intéressant qui se trouve en ligne sur le site de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ)[6]. Il s’agit d’une lettre signée de la main même de John Outlaw. Elle est datée du 26 octobre 1696. Néanmoins, la missive est grandement burinée par le temps. Qui plus est, elle est écrite dans un anglais ancien et sa lecture se révèle ardue. Cela ne m’empêche pas de nourrir l’espoir d’en découvrir les secrets en suivant les traces de la vie du valeureux capitaine.

 

PREMIÈRE PARTIE

La Baie d’Hudson

Le Dictionnaire biographique du Canada consacre à John Outlaw une courte biographie principalement axée sur les aventures du capitaine à la baie d’Hudson.

En 1682, pour la première fois, sa présence est signalée dans la grande baie. La Hudson’s Bay Company (HBC) de Londres prétend détenir le monopole de la traite des fourrures dans la région. Un emplacement, situé à l’embouchure de la rivière Nelson, est particulièrement convoité, car il donne accès à de vastes territoires à l’intérieur des terres. Dans la guerre commerciale que se livrent Français et Anglais, l’endroit est hautement stratégique. Aucun poste de traite n’a encore été établi dans ces lieux découverts par Radisson et Des Groseillers douze ans auparavant, alors qu’ils travaillaient pour le compte des Anglais.[7]

 

Or cet été-là, trois expéditions venues séparément de trois ports différents, se retrouveront plus ou moins par hasard, dans cette même région au même moment.

D’abord, le Bachelor’s Delight, un vaisseau de 60 à 70 tonneaux[8] parti de Boston arrive sur les lieux avec à son bord John Outlaw. Le bâtiment s’installe à 26 milles en amont de la rivière Nelson. L’expédition défie effrontément le monopole de la Company. Qui plus est, le commandant du bateau, Benjamin Gillam, agit à l’insu de son propre père, Zachariah Gillam, un capitaine au service de la HBC. Benjamin avait fort probablement été informé par son paternel de la valeur de cet emplacement.[9]

À peu près en même temps (un peu avant ou un peu après selon les témoignages[10]), arrivent deux barques dirigées par Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers accompagnés de 29 hommes. À ce moment, les deux célèbres coureurs des bois, qui avaient naguère trahi leur pays pour fonder la HBC, sont redevenus fidèles à la couronne française.

Les Français s’établissent à l’embouchure de la rivière Hayes (Sainte-Thérèse) voisine du fleuve Nelson. Une maison est immédiatement bâtie non loin de celle des « forbans anglais de Boston » dont fait partie notre ami Outlaw.

La rencontre entre les deux groupes se fait de la façon suivante, telle que racontée ici par Radisson :

« […] Nous découvrismes le 16e, de grand matin une tente sur une isle […] je me postay avec mes hommes, comme dans une espece d’enbusquade pour tascher de surprendre quelqu’un […] et le faire prisonnier afin de sçavoir quelles gens ils pouvoient estre […] je reconnus que c’estoient des anglois, et m’estant avancé vers leur poste […ils] ne furent pas long tems à nous decouvrir, […] ils se mirent à crier vers nous […] en prononcens quelques mots en langue sauvage qu’ils lisoient dans un livre […] je leur parlay en langue du païs, et en françois, sans qu’ils m’entendissent. Mais enfin leur ayant demandé en anglois qui ils estoient […], ils me répondirent qu’ils estoient anglois [de Boston], venus la pour la traite du castor. »[11]

 

Puis, voilà que le 7 septembre, le troisième vaisseau, propriété de l’honorable Company, arrive d’Angleterre et se pointe dans la baie. Il s’agit du Prince Rupert qui est commandé par nul autre que le père de Benjamin Gillam, Zachariah. Le gouverneur John Bridgar, qui était à bord, venait d’être choisi pour construire et diriger un fort près de la rivière Nelson.

Les menaces exprimées par Radisson n’empêcheront pas Bridgar, Zachariah Gillam et leurs hommes de s’installer sur la rive nord de la rivière Nelson pour construire un poste.

Au début, chacun semble camper sur ses positions. Radisson fait des allers-retours, rusant auprès de l’un et de l’autre, cachant à chacun la présence de l’autre tout en minimisant le nombre de ses effectifs. Il aurait ensuite organisé une rencontre entre le père et le fils Gillam pour les amadouer[12].Puis le 21 octobre le Prince Rupert est pris dans une violente tempête, l’ancre ayant lâché prise, le vaisseau est emporté et coule au large avec son capitaine Zacharie Gillam ainsi que  neuf hommes d’équipage et de précieuses provisions[13].

Puis arrive la saison froide. Les Français maîtrisant mieux les langues autochtones et étant davantage habitués au mode de vie dans les contrées sauvages, s’en tirent mieux. La situation tournera à leur avantage.

 

Radisson capture le commandant Bridgar. Tous les Anglais sont faits prisonniers, autant ceux qui sont arrivés de Londres que les forbans venus de Boston. Cependant, une difficulté se présente quand vient le temps de ramener tous ces captifs. Au printemps, la débâcle avait endommagé sérieusement les deux barques françaises. Seul le Bachelor’s Delight des contrebandiers bostonnais était encore en état de naviguer.

En utilisant les débris des bateaux français, on réussit à rafistoler une embarcation de fortune, le Sainte-Anne. Les connaissances d’Outlaw en charpente de navire, auraient été mises à profit pour reconstituer la barque, une sorte de coquille de noix, dans laquelle se sont entassés une dizaine d’employés de la Company.

On a ensuite demandé au capitaine Outlaw de piloter le frêle esquif jusqu’à la baie James où mouillait La Diligence, un bâtiment anglais qui ramènera tout ce beau monde à Londres, y compris Outlaw[14].

Le fort des Anglais est brûlé et le lieu sera rebaptisé fort Bourbon. Une partie des pelleteries est laissée sur place avec quelques hommes dont un de fils de Des Groseilliers, Jean-Baptiste.

Déception de Radisson

Les Français de leur côté, reviennent vers Québec avec des prisonniers : les contrebandiers bostonnais ainsi que le gouverneur Bridgar. Grande déception pour Radisson à son arrivée. Il pensait être accueilli en héros. Au contraire, ce « présent » n’est pas apprécié par de La Barre. Le gouverneur de Québec libère aussitôt les prisonniers qu’il envoie vers Boston.

Comment expliquer cette réaction ? La Nouvelle-France n’a-t-elle pas tout intérêt à chasser les Anglais de la Baie d’Hudson ? Certainement, mais à ce moment précis en Europe, la France et l’Angleterre ne sont pas en guerre. Dans le jeu perpétuel des conflits et des alliances, les deux rois, Louis XIV et Charles II, qui sont cousins germains, ont tout intérêt à ménager leurs susceptibilités.

À leur arrivée à Londres, les Anglais qui étaient à bord du Diligence, en ont gros à se faire pardonner. La mission de la HBC fut un échec. La position d’Outlaw est pire encore car il avait agit en contrebande. Pour sa défense, il témoigne en dénonçant Radisson et ses acolytes[15]. La Company, par la voix de Charles II, réclame alors à hauts cris une punition à l’égard de leur ancien allié.

Au surplus, la France a refusé de reconnaître les conquêtes de Radisson et ne lui permet même pas de profiter du fruit de ses exploits. L’aventurier français s’est même rendu à Paris pour faire valoir que son initiative avait été au préalable appuyée par Colbert car le ministre avait bien compris lui quels étaient les intérêts de la France dans la colonie. Cependant, comble de malchance, Colbert venait tout juste de mourir et, comme l’accord avait été fait en secret, Radisson et Desgroseilliers n’auront point gain de cause.

Peu après, à l’insu de la France, la HBC envoie un émissaire secret auprès de Radisson et fait des pieds et des mains pour l’attirer à nouveau, lui promettant mers et mondes afin qu’il reprenne du service. On lui demande de retourner rapidement à la baie d’Hudson pour récupérer le fort au nom de la Company. Desgroseilliers refuse l’offre, mais son associé choisit d’agir, comme à son habitude, dans son propre intérêt.[16] Le voici donc à nouveau au service de l’Angleterre.

Deuxième voyage à la Baie d’Hudson

Dès mai 1684, Radisson s’embarque à bord du Happy Return, pour un « retour heureux » et un des vaisseaux qui l’accompagne, le Lucy, est commandé par John Outlaw qui semble bien avoir réussi à convaincre la Company de passer l’éponge sur son épisode interlope. Ses qualités de marin ont été reconnues. Les témoignages en sa faveur de la part de Radisson, entre autres, ne sont peut-être pas étrangers à cette décision.

Des vents favorables poussent les navires de la Hudson’s Bay Company jusqu’à destination. L’expédition de 1684 a lieu sans effusion de sang. Le fils de Chouart Desgroseillers, Jean-Baptiste, qui occupait depuis plus d’un an le fort Bourbon (redevenu fort Nelson), n’a d’autres choix que de plier devant l’ex-associé de son père. Au nom de la HBC, Radisson fait construire un nouveau bastion muni de 20 pièces de canons.

Cette année-là, Radisson, Outlaw et associés ne s’attardent pas dans la baie. Ils regagnent l’Angleterre avant l’hiver avec des navires chargés de peaux de castor. Quant à Jean-Baptiste Chouart Desgroseilliers, il sera amené à Londres avec ses compagnons[17].

Troisième expédition

L’année suivante en 1685, Pierre-Esprit  Radisson est nommé directeur de la traite au fort Nelson. Il repart avec le capitaine Outlaw. L’expédition transporte le futur gouverneur du Fort Nelson, John Bridgar[18], celui-là même que Radisson avait fait prisonnier et ramené à Québec deux ans auparavant. Outlaw commande cette fois le Success, un bâtiment qui arbore un nom bien prétentieux, ce qui ne lui portera pas chance.

Un premier échec survient dès leur arrivée dans le détroit de la baie. Le navire rencontre des barques françaises commandées par Bermen de La Martinière. Les Français viennent tout juste de faire une prise intéressante : le Perpetuana Merchant : un bâtiment anglais de 40 à 50 tonneaux « chargé de tabac noir, de marchandises de traite et de 3 milliers de poudre, de quelques étoffes et de 400 fusils, on estime cette prise plus de 20m livres en comptant le navire […] [19]».

Avec le Success, armé d’une douzaine de canons, Outlaw croit bien pouvoir récupérer le Perpetuana Merchant et mettre la main sur le vaisseau de La Martinière. Pendant deux jours, il poursuit le Français qui se réfugie avec sa prise dans une anse inaccessible pour le Success dont le tirant d’eau est trop élevé. Après quatre jours d’attente, le Success choisit d’abandonner et de poursuivre sa route comme prévu vers le fond de la baie d’Hudson jusqu’à la baie James.

 

Bien malgré lui, Outlaw devra passer l’hiver 1685-1686 à la baie James. A-t-il trop tardé à initier son retour ? Fort probablement, car au départ de l’île Charton, lieu d’entreposage des fourrures de la HBC, le Success est broyé par les glaces[20]. C’est de peine et de misère que les passagers ont pu atteindre le Fort Charles, sur la rivière Rupert. Leur capitaine doit maintenant patienter tout l’hiver à Moose (Fort Saint-Louis).

Rencontre avec d’Iberville

Dans la baie James située au sud est du port Nelson, les Anglais avaient eu le temps d’ériger plusieurs fortifications (voir carte) : Albany (fort Sainte-Anne) Moose Factory (Saint-Louis), Rupert House (Fort de la rivière Rupert). Ils se croient maintenant à l’abri des attaques de leurs ennemis français.

Même si officiellement jusqu’ici la France et l’Angleterre n’étaient pas en guerre, les deux pays n’avaient jamais cessé, comme on a pu le voir, de se disputer le territoire. Maintenant que le roi Charles II est mort, sa succession a donné lieu à un conflit sans vergogne. Dès lors, les Canadiens peuvent compter sur un appui ouvert de la France pour conquérir les postes de la baie d’Hudson.

Cependant, comme les Anglais sont déjà bien installés, la tâche n’est pas facile. Ils vont devoir faire preuve d’une hardiesse exceptionnelle. Leur plan est de passer par les terres en empruntant rivières et sentiers jusqu’à la Baie James, là où les Anglais ne les attendent pas. À leur tête, le capitaine Pierre de Troye est accompagné de 30 soldats, 70 volontaires canadiens et des guides amérindiens expérimentés indispensables dans ce genre de voyage. Pierre Lemoyne d’Iberville et deux de ses frères (Jacques et Paul) font partie de l’expédition. Ils sont partis de Montréal en avril avec raquettes et canots pour arriver le 21 juin. « […] leur périple, qui dure près de trois mois, leur fait remonter la rivière des Outaouais puis emprunter une chaîne de petits lacs, rivières et portages jusqu’à leur destination. L’exploit qui fonde la réputation militaires des Canadiens, semble d’autant plus marquant que l’expédition se déroule l’hiver (les coureurs des bois sont surtout habitués à circuker en canot l’été) et se passe du concours des Amérindiens(de façon d’ailleurs tout à fait exceptionnelle pour de tels oartis de guerre sous le régime français).» (Gilles Havard, Histoire des coureurs de bois, Tempus, p. 199.)

 

Le premier fort qui sera attaqué est celui de Moose Factory (rebaptisé Saint-Louis). Dans son journal, le chevalier de Troye décrit avec moult détails la prise épique de la place. Les Français opèrent de nuit, brûlant les lieux de défense et enfonçant les portes à coup de bélier. La vingtaine d’Anglais présents ne tardent pas à se rendre.

Le capitaine Outlaw qui a séjourné à cet endroit tout l’hiver venait tout juste de partir à bord d’un navire, le Craven, avec le commandant Bridgar pour se rendre au Fort Rupert.

Le Fort Rupert est justement le prochain objectif du chevalier de Troye. Une soixantaine d’hommes l’accompagnent en canot à travers les glaces en direction de ce comptoir de traite. À l’approche du fort, en soirée, ils aperçoivent le Craven qui vient juste d’arriver à destination.

Les Français campent silencieusement sur la pointe en attendant le matin pour attaquer par surprise. Le Craven (avec Outlaw à son bord) sera abordé en même temps que le fort. C’est Pierre Lemoine d’Iberville, accompagné de 13 hommes, qui s’occupe de prendre d’assaut le vaisseau anglais. Quelques matelots sont abattus à coups de sabre et l’équipage ne tarde pas à se rendre :

« […] ils demandèrent tous quartier. On les fit descendre un moment au fond de cale. Ainsi on s’assura de ce bâtiment où étaient entre autre le Sr Brigneul [Bridgar] […].Il avait avec lui le capitaine omoltas [Outlaw] qui était arrivé dans la baye l’année dernière dans un vaisseau de douze pièces de canon [le Success] qu’il commandait, et qui ayant péri en s’y retournant, obligea les gens qui étaient dedans à se sauver en chaloupe au fort Rupert, où ils avaient hiverné […] » [21]

Le chevalier de Troye utilise le Craven pour charger tout ce qui dans le fort pouvait lui être utile, entre autres « cinq pièces de canons de fer ».

Pour terminer le travail de conquête de la baie James, il reste un troisième fort à prendre : Albany (ou Quichichouane ou Saint-Anne). Le chevalier de Troye raconte qu’il s’y rend un peu à tâtons, n’étant guidé cette fois-là que par un « vieil sauvage qui nous faisait voir qu’il n’entendait rien ». L’endroit fut repéré un samedi soir grâce aux Anglais qui « tirèrent suivant leur coutume sept ou huit coups de canon qui nous firent connaître par leur tonnerre l’endroit où ils étaient situés. ». Après une nuit passée à dormir dans leurs canots, le chevalier raconte :

« […] nous vîmes paraître notre navire à la voile. MMs D’iberville et Lallemand étaient dedans, avec eux le Sieur Briguiel [Bridgar], le capitaine Onultas [Outlaw] […] »

En fait, le navire à voile dont parle ici le chevalier de Troye est le Craven dont les Français viennent de s’emparer à proximité du Fort Rupert. On avait demandé à Outlaw, qui connaissait bien la baie, de piloter d’abord le vaisseau jusqu’à Moose pour le charger d’autres canons, et ensuite mettre le cap sur Albany, tout cela sous l’œil vigilant de Pierre Lemoyne d’Iberville bien entendu.

 

Après quelques jours de harcèlement, les occupants du fort Albany finissent par se rendre.Par la même occasion, les Français prennent également possession du Success, le bâtiment d’Outlaw qui, on s’en souvient, est resté pris dans les glaces depuis le printemps précédent.

Pierre de Troye repart ensuite pour Québec. D’Iberville est nommé gouverneur des trois forts de la baie James où il passe l’hiver suivant. Quant aux prisonniers, une partie d’entre eux, dont Outlaw, est embarquée sur le Colleton[22] jusqu’au Fort Nelson plus au nord, lequel appartient toujours aux Anglais. Il devra passer ainsi un second hiver de suite dans la région.

Un dernier voyage dans la grande baie

Au printemps suivant, lorsque notre capitaine arrive à Londres, il reçoit un accueil glacial. La HBC lui reproche son manque de vigilance et la perte du Success, un vaisseau de grande valeur, pour lequel on exige même une compensation financière. Il n’est plus question de lui confier un autre bâtiment.

Voilà notre navigateur bien frustré, mais il n’est pas le seul. Le capitaine John Abraham est aussi tombé en disgrâce auprès de la compagnie. Il est furieux contre ses ex-employeurs qui le soupçonnent de trafiquer pour lui-même.[23] Après tout, qui ne le fait pas un peu à l’époque?

Outlaw et Abraham qui se connaissent bien pour avoir partagé les mêmes aventures à la baie d’Hudson décident de repartir à leur propre compte. Hélas, leur bateau, le Mary, est détruit par les glaces dès son arrivée dans le détroit d’Hudson. L’endroit était peut-être un excellent lieu stratégique pour faire des prises sur les navires de passage mais les glaces précoces sont parfois traitresses. Heureusement pour eux, le Churchill, un vaisseau de la HBC, suivi du Yonge qui passent par là, font monter à leur bord les malheureux naufragés. Le Yonge est commandé par le capitaine William Bond[24].

 

Quelques jours plus tard, le 10 septembre, les navires anglais jettent l’ancre près du fort Albany (Sainte-Anne, Quichicouane). Ils s’installent près des Français.

William Bond a la mauvaise idée de vouloir reprendre les anciens postes. Malheureusement pour lui, c’était sans compter sur la présence d’un certain Pierre Lemoyne d’Iberville qui est sur place depuis l’été avec le Soleil d’Afrique, un des meilleurs navires de la flotte française.

 

Un jour qu’il sort de la rivière Sainte-Anne (Albany) sur une petite embarcation remplie de fourrures amassées durant la saison, Iberville aperçoit les deux navires anglais qui lui bloquent la route.

Durant ses semaines, on passe son temps à se défier jusqu’à ce que les trois bâtiments soient pris dans les glaces. L’hiver sera dur et long. Plusieurs Anglais vont mourir du scorbut faute d’avoir pu se nourrir convenablement, les Français les empêchant de chasser. Au sortir de la saison froide, la victoire des Français ne fait plus de doute.

À la fin de l’été 1689, Pierre Lemoyne d’Iberville revient chez lui victorieux : tous les forts de la baie James sont aux mains des Français. Ne reste plus à l’ennemi que le Fort Nelson situé plus au nord dans la baie d’Hudson.

D’Iberville met les pieds à Québec, le 28 octobre 1689. Triomphant, il ramène avec lui un lot de fourrures de première qualité ainsi que des prisonniers anglais dont… John Outlaw et John Abraham.

DEUXIÈME PARTIE

Comme sujet de la couronne française

Le voyage vers Québec a-t-il donné à Outlaw et Abraham l’occasion de réfléchir ? Ou bien ont-ils pris leur décision durant leur dernier hiver à la baie James ? Toujours est-il qu’ils posent un ultime geste d’insubordination à l’encontre de la Hudson’s Bay Company et de l’Angleterre en jurant fidélité à la France.

Frontenac saura bien les accueillir en les prenant sous son aile. Ces défections, assez courantes à l’époque, ne permettaient-elles pas de mieux connaître les astuces de l’ennemi? L’exemple de Radisson était loin d’être unique.

John Outlaw et John Abraham n’ont plus rien à attendre de la HBC. Leurs dernières déconvenues s’ajoutant à quelques autres, ils auraient été mal reçus s’ils s’étaient avisés de retourner à Londres. Les deux John ont tout à gagner à repartir à zéro en Nouvelle-France.

Pas tout à fait à zéro en réalité, car de façon générale, les capitaines de vaisseau sont des personnages respectés et on leur fera suffisamment confiance pour mettre leur compétence à contribution.

Pendant ce temps-là, en Angleterre, la nouvelle de leur infidélité ne tarde pas à circuler dans les officines de la HBC. Dès 1690, on y qualifie les deux individus d’« hommes ingrats et perfides qui ont mangé de notre pain et qui se sont tournés contre nous en devenant renégats ».[25]

Une nouvelle vie à Québec

Nous voilà maintenant en pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg (1689-1698) et Louis XIV encourage plus que jamais la « guerre de course ». Au nom du roi et avec sa permission, des navires peuvent s’attaquer aux vaisseaux ennemis, l’équipage se payant au moyen d’une part des profits du pillage.

Outlaw a dû rapidement être pressenti pour ce genre d’aventure. Il possédait expérience et compétence, deux qualités qui sont reconnues par ses hôtes. D’ailleurs, le 16 juillet 1691, il est convoqué avec Abraham et un certain Bilton, pour prendre part à une discussion au sujet de l’envoi d’un navire à la baie d’Hudson. [26]

 

De Versailles, on vient de recevoir l’ordre d’envoyer Le Hazardeux avec des vaisseaux de la Compagnie du Nord[27] pour une expédition au Fort Nelson qui est toujours aux mains des Anglais. Le capitaine du Hazardeux, le Sieur du Tast, fraîchement arrivé à Québec se montre réticent :

« [Du Tast] ne croit pas que le dit vaisseau fut capable de résister aux glaces, étant vieux, pas doublé et ayant une contre-quille depuis l’étrave jusqu’à l’étambot […] que son équipage était fatigué et point habillé pour supporter un grand froid. Qu’on ne pourrait s’approcher du port Nelson que de cinq ou six lieues. Que la saison était trop avancée ne pouvant partir avant le 8 ou 10 août ».

 

On rapporte qu’Outlaw et les deux pilotes anglais consultés ne partagent pas les craintes du Sieur du Tast :

 

« […] iIs croyaient les dits navires capables de faire le dit voyage […] que la saison était belle et commode et, que s’il fallait fournir des habits à l’équipage, la Compagnie (du Nord) y pourvoirait, qu’on pouvait approcher le port Nelson de trois lieues et y entrer en balisant, les Anglais y étant entrés l’année dernière […], que si le Sieur du Tast ne pouvait partir de Québec que le huit ou dix août, ils connaissaient que le dit voyage pouvait se faire qu’il n’importait pas que le dit vaisseau soit doublé, son bordage ayant assez de poids pour résister aux glaces, ce que sa contre-quille lui était plus commode qu’incommode, tous les navires anglais qui font ce voyage en ayant une de même. »

 

En fait, Outlaw et ses compagnons réagissaient comme s’ils avaient envie d’en découdre au plus vite avec la HBC. Ils font alors preuve d’une grande témérité. La saison avançait et les risques étaient pourtant bien connus.

 

Selon Gilles Proulx[28] « Les glaces réduisent considérablement la durée de la saison de la navigation(…)Elles limitent l’accessibilité au golfe du Saint-Laurent à un seul passage, sauf peut-être pendant les mois de juillet et août, mois pendant lesquels les bâtiments peuvent emprunter le détroit de Belle-Isle. ».

 

Finalement, Le Hazardeux ne se hasarde pas dans la baie d’Hudson cette année-là. Le capitaine du Tast n’est d’ailleurs pas le seul à vouloir jouer de prudence. Les Sieurs de Lorme et de Maricourt [29]ainsi que le Sieur de Vien, également consultés, tous navigateurs expérimentés, considéraient aussi qu’il valait mieux dans les circonstances ne pas se lancer dans l’aventure.

Faute de pouvoir s’embarquer à nouveau, Outlaw se tient à disposition. Avec raison car très bientôt on fera appel à ses services. Une quaiche anglaise chargée de sel vient d’être prise dans le bas-Saint-Laurent par le Soleil d’Afrique qui revenait de France. Aussitôt à Québec, la quaiche, désormais appelée Notre-Dame-des-Anges, est adjugé au nom du roi par Champigny. L’intendant s’empresse de la vendre à Charles Denis de Vitré, un important entrepreneur en pêcherie de la ville. De vitré demande à Outlaw de prendre les commandes du vaisseau jusqu’à l’hiver.[30].Le capitaine anglais aura ainsi la chance de fréquenter une des familles les plus prestigieuses de la colonie.

 

Entre La Malbaie et Baie Saint-Paul

 

Toujours en guerre, la France cherche à renforcer sa flotte. Louis XIV se tourne vers sa colonie outre-Atlantique pour s’approvisionner en bois. Champigny  ne manque pas de faire valoir les ressources considérables que recèle le pays.

Le capitaine Outlaw lui a révélé que la couronne d’Angleterre s’approvisionne abondamment dans la région de Boston où elle aurait investi « plus de cinquante mille pistoles »[31]. On y a coupé une « montagne considérable pour avoir des mâts, planches, bordages et goudron », si bien qu’ils en auraient maintenant suffisamment pour entretenir toute l’Angleterre et ses îles.

Champigny n’est pas sans savoir, non plus, que le marchand François Hazeur et deux de ses associés viennent d’acquérir la seigneurie de la Malbaie avec l’intention de développer le potentiel forestier. Un moulin à scie fonctionne déjà dans la région.

 En octobre 1691, Champigny demande à Outlaw d’aller examiner les arbres du côté de la Malbaie et de Baie Saint-Paul. Accompagné d’un autre expert en la matière, François Sauvin, il se rend sur les lieux à bord de L’Envieux. Le rapport qu’ils rédigent à l’intention de l’intendant est convaincant :

« Étant sur les terres de La Malbaie au nord est des moulins à scie nous y avons trouvé plusieurs arbres de pin rouge propre à faire des mâts aux plus forts vaisseaux qui soient en France […] ».

Baie Saint-Paul semble cependant plus approprié, car, disent-ils « en visitant nous avons trouvé aussi de semblables mâts de navire en quantité et encore plus facile à scier que ceux de La Malbaie[…] » On ajoute que« L’île aux Coudres qui est tout proche et dans laquelle nous sommes entrés n’y ayant qu’une portée de mousquet de distance de la dite Baie St-Paul et sur le bord du fleuve contient aussi des épinettes en grande quantité fort propres à faire de moyens mâts, vergues et jumelles. »

Pour mieux démontrer à l’intendant la qualité des matériaux qu’ils ont découverts Outlaw et ses compagnons rapportent « cinq moyens mâts de pin rouge, de très beaux bordages et planches pris à la Malbaie ».

 

Deux ans plus tard, presque jour pour jour, Outlaw sera dépêché à nouveau dans la région, cette fois en compagnie d’un écrivain de la Marine et de deux autres charpentiers de navire, Denis Belleperche et Jean Badeau. À la suite de cette visite, un rapport semblable sera produit. On y louera la grande qualité du bois. Un endroit précis situé à Baie Saint-Paul sera privilégié car jugé plus facile d’accès.

 

Un beau mariage

 

Au château Saint-Louis, Louis de Buade, comte de Frontenac, offrait régulièrement des banquets, festins, danses et théâtres. Le gouverneur avait jadis fréquenté la cour de Versailles et il avait pris goût aux arts et aux rencontres sociales. Outlaw a certainement profité de ces occasions de rencontres. Son statut de capitaine lui permettait de se mêler aux notables de la ville. Il semble avoir développé une belle amitié avec son employeur, Charles Denis de Vitré.

L’entrepreneur en pêcherie possède un hôtel fort bien situé Place royale presqu’en face de l’église Notre-Dame-des-Victoires. Dans l’une ou l’autre de ces soirées ou dîners, Outlaw aura l’occasion de rencontrer sa future épouse, une des sœurs de Charles Denis de Vitré, Françoise qui a 25 ans.[32].  Orpheline de père et de mère, elle vient tout juste d’atteindre l’âge de la majorité. Son frère était probablement son tuteur et sans doute vivait-elle sous son toit. Les jeunes filles de la noblesse se mariant plus tard que les autres, c’était le bon moment pour elle de prendre époux.

Elle avait certainement reçu une bonne éducation chez les Ursulines. Peut-être a-t-elle attendu pour se marier de rencontrer un homme digne de la famille. Il semble bien, en tout cas, qu’elle ait succombé aux charmes de l’aventurier anglais. Son frère Charles a même pu encourager la chose.

Pour Outlaw, Françoise Denis représente un beau parti. Elle a de nombreux frères bien placés et des sœurs qui ont fait de beaux mariages. Cette grande famille lui offre l’occasion de bénéficier d’un réseau étendu de personnages influents en Nouvelle-France.

La signature du contrat de mariage a lieu le 7 octobre 1692 en grande pompe en l’hôtel du Sieur Charles Denis de Vitré.

Les personnages les plus importants de la colonie sont venus marquer l’événement de leur présence et leurs noms figurent dans le contrat par ordre de préséance :

  • Monsieur le comte de Frontenac, gouverneur, lieutenant général pour le roi en ce pays ;
  • Monseigneur de Champigny, Sieur de Noroy, intendant de justice, commerce et finance ;
  • Madame Chaspoux, épouse du dit seigneur intendant ;
  • François Provost, lieutenant du roi au château.

Viennent ensuite les parents et amis de Françoise, des noms comme celui de sa nièce Marie Denis, veuve de Pierre Desqueyrac, capitaine du détachement de la marine, sa belle-sœur Marie Catherine Leneuf, veuve de son demi-frère Pierre Denis de La Ronde un important commerçant [33], Marie-Anne Leneuf, épouse du baron de Bécancour, Charles Aubert, sieur de La Chesnaye son neveu qui est marchand et trafiquant de fourrures, etc.

 

 

Tout porte à croire qu’Outlaw était catholique.[34] S’il avait embrassé la foi protestante comme son compagnon John Abraham, son nom aurait figuré au registre des abjurations de la ville de Québec.

Parlait-il français ? Fort probablement. La langue française jouissait alors d’un certain prestige dans la haute société anglaise. De plus, il avait eu l’occasion sinon de pratiquer, du mois d’apprendre la langue de Molière au cours de ses voyages au long cours et de ses hivers passés en compagnie de Radisson et d’Iberville.

Le mariage est célébré à l’église Notre-Dame de Québec. Le registre paroissial, nous apporte une autre précision : « Sieur Jean capitaine Houtelas, Anglais de nation de la ville de Londres, veuf de Marie Saille ». Outlaw avait donc été marié[35].

Mais qu’apprenons-nous d’autres dans ces documents ? Dans le contrat de mariage, le notaire Genaple écrit :

«[…] le Sieur Jean Outhlas ci-devant capitaine de navire, Anglais de nation, fils de défunt Sieur Jean Outhlas vivant capitaine de navire pour le service du roi d’Angleterre et de défunte Dame Elisabeth Jefferies, ses père et mère de la ville de Londres vivant, demeurant en la rue Rattecliff, paroisse Stepney »

 Outlaw était originaire de la grande paroisse de Stepney, aujourd’hui Limehouse en plein cœur de Londres. La rue Ratcliff, où il habitait était située au bord de la Tamise. Son père également capitaine de vaisseau, portait le même prénom. Dans les registres de cette paroisse, où les inscriptions sont faites sous forme de listes peu détaillées, figure une naissance qui pourrait correspondre à celle de notre personnage. Elle est datée du 28 mars 1661.[36] Le père’ John, y est identifié comme charpentier de navire mais seul le prénom de la mère apparaît, un prénom commun, il faut le dire. Si on retenait cette hypothèse, Outlaw avait 31 ans au moment de son mariage à Québec, 20 ans lors de son premier voyage à la baie d’Hudson.

 

Par le biais d’archives de la BANQ, nous savons que, durant les premières années de leur mariage, le couple habitait rue Saint-Louis[37] et qu’il y employait des domestiques, dont une dame Marie-Françoise Dupont, épouse de Paul Hébert.

Le 30 septembre 1694, Françoise Denys donne naissance à un premier enfant prénommé Jean. Son parrain est le marchand Jean Gould, certainement un bon ami de la famille. Quant à la marraine, il s’agit de la fille de Charles Denis de Vitré, Marie, « veuve de M. Desquerac, capitaine d’une compagnie d’infanterie ». Hélas l’enfant meurt quatre mois plus tard.

 

Un second fils naît le 11 avril 1696. Il s’appelle Jean-Philippe et son parrain est Philippe Rigaud de Vaudreuil, « seigneur de Vaudreuil, capitaine des vaisseaux du roi et commandant des troupes de sa majesté en ce pays ».[38] La marraine est Marie Françoise Denis (homonyme et sœur de Françoise)[39]. Elle est l’épouse de Michel Leneuf, Sieur de la Vallière[40] capitaine du détachement de la marine. Il s’agit du même Sieur de la Vallière qu’Outlaw accompagnera très bientôt pour une campagne en Acadie.

 

Mission d’escorte de La Bouffonne

Nous sommes le 9 juin. Quelques semaines seulement se sont écoulées depuis la naissance de son second fils et Outlaw est déjà à la barre d’un brigantin qui servira d’escorte à La Bouffonne. Le bâtiment avait nécessité depuis le début du printemps « un radoub considérable » raconte Champigny.[41]

L’expédition de La Bouffonne vise principalement à surveiller l’embouchure du Saint-Laurent. En octobre 1694, Frontenac avait écrit à Pontchartrain le priant d’envoyer de l’aide  « afin que les vaisseaux qui nous viennent de France ne soient plus exposés à l’insulte des corsaires et des flibustiers de Boston. Ils ont désolé cette année non seulement toutes les pêches sédentaires que nos habitants avaient commencées au bas de cette rivière et pour lesquelles ils témoignaient beaucoup de chaleur, mais ils ont encore fait plus car ils se sont rendus maîtres, à la hauteur de Sept-Iles, d’une flûte nommée le Saint-Joseph où il y avait pour près de cent mille écus d’effets […] »

Il suggérait qu’ « une frégate de trente pieds qu’on enverrait de bonne heure l’année prochaine croiser à l’entrée de notre golfe nous mettrait à couvert de tous ces inconvénients ».

«  La dépense en serait très médiocre, ajoutait-il,  et je crois même qu’il serait aisé de s’en dédommager par les prises qu’elle pourrait faire, pour peu qu’elle s’écartât vers les côtes de l’Acadie

En effet en cette saison, les vaisseaux de France sont attendus impatiemment et une vigilance particulière s’impose en cette période de guerre. D’ailleurs, pour plus de sûreté les ravitaillements annuels arrivent par convoi.

Le brigantin commandé par Outlaw est un vaisseau plus petit et moins armé que La bouffonne, mais il offre l’avantage de l’agilité et de la souplesse. Le beau-frère d’Outlaw, le Sieur Michel Leneuf de La Vallière, est aux commandes du vaisseau principal. L’homme est âgé de 56 ans. Il « sait parfaitement cette rivière et tous les havres dépendants de ce gouvernement »[42] et il profite de l’occasion pour transmettre son expérience à deux de ses fils : Jacques agit comme lieutenant et Alexandre comme enseigne.

Le lieutenant du brigantin est un autre membre de la famille Denis, un neveu. Il s’agit du sieur Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade.[43]

L’expédition  ne rapporte cependant aucune prise. Le « dédommagement » anticipé par Frontenac n’aura pas pu se concrétiser. La Vallière racontera à son retour, n’avoir, au cours de l’été, « rencontré qu’un seul bâtiment ennemi entre l’île de Percée (le rocher) et celle de Bonaventure »[44]. La Bouffonne aurait « fait d’abord mine de vouloir l‘aborder » lui donnant « chasse pendant plusieurs heures ».

La mission prend fin le 26 août. Alors qu’ils mouillent aux îles Caoui[45] l’équipage aperçoit au loin la flotte tant espérée venant de France, ils l’escortent jusqu’à Québec.

 

 

Plusieurs écueils guettaient les vaisseaux qui naviguaient sur le Saint-Laurent. Les pilotes préféraient longer la côte nord à cause du vent du NO qui souffle la plupart du temps. On raconte que «  après être entrés dans le fleuve en passant par le cap Desrosiers et l’île Anticosti, les bâtiments mettent le cap sur Sept-Îles et longent ensuite la côte nord (…). »[46]

Le 14 septembre, Champigny annonce au ministre que La Bouffonne est revenue la veille et qu’on la prépare pour être envoyée à Plaisance (Terre-Neuve), afin de transporter de la chaux et des madriers[47].

Outlaw, pour sa part, demeure à Québec mais il ne compte pas rester inactif.

 

Le Saint-Louis

 

Le 8 novembre, il procède à l’embauche de deux charpentiers de navire. Avec son associé, un nommé Jean Durand, il entreprend le carénage d’un « brigantin nommé le St-Louis présentement, échoué en haute mer au devant de la maison de M. Sieur de La Chesnay, en cette basse ville de Québec ».

Jean Thomas et Michel Chevalier « […] promettent et s’obligent solidairement  […] de faire tous les travaux nécessaires».[48]Un devis de trois pages très détaillé est annexé. Ce document en dit long sur l’état du bateau mais aussi sur les intentions des deux associés; le vaisseau doit être bien équipé pour partir en guerre. Par contre, tout cela coûtera cher, très cher : la somme de mille livres est promise à la fin des travaux prévue en avril.

 

1697 – Un hiver à Québec

 

Notre corsaire a probablement bien hâte de reprendre la mer. Chaque jour ou presque, il se rend au port surveiller les travaux sur le Saint-Louis. Il profite aussi de ces longs mois d’hiver pour consolider ses alliances en fréquentant des notables de la ville.

 

Le 8 janvier, il est présent au mariage de François de Galliffet [49]et de Catherine LaChesnaie[50], une petite nièce de son épouse. Parmi les invités : Frontenac, Champigny et Rigaud de Vaudreuil. Ces événements sont certainement des occasions de réseautage. On l’imagine parler au gouverneur de ses intentions de partir en course. Est-ce à la suite d’une de ses rencontres qu’il a l’idée de changer le nom du Saint-Louis pour Le Frontenac ?

 

Concession en Acadie

 

Visiblement, une affection mutuelle s’est développée entre le capitaine corsaire et le gouverneur. Le 29 mars 1697, Frontenac accorde au capitaine anglais une concession en Acadie : quatre lieues de terre de front sur pareille profondeur dans la grande baie de Saint-Laurent , « à prendre depuis la rivière appelée Articogneth, la moitié de celle-ci étant comprise dans la concession, en tirant vers le petit passage de Canceaux, avec les îles, îlets et battures de sa devanture »

 

Ce grand domaine d’une superficie de 4 lieues par 4, aujourd’hui situé en Nouvelle- Écosse, est concédé « à titre de fief et de seigneurie avec haute, moyenne et basse justice avec droit de chasse, pêche et traite avec les Sauvages dans toute l’étendue de ladite concession, à la charge de porter la foi et hommage au château St-Louis de Québec duquel il relèvera ».

 

On a inclus la clause habituelle stipulant de « conserver les bois de chênes propres pour la construction des vaisseaux de Sa Majesté, de donner avis au Roi ou au gouverneur du pays, des mines, minières et minéraux si aucun se trouve dans la dite étendue ». Le futur seigneur doit aussi « tenir feu et lieu […] déserter[51] et faire déserter la dite terre aussitôt la présente guerre finie ».

 

Signe de prestige, la propriété d’une seigneurie était en tout premier lieu une marque de reconnaissance. Outlaw n’avait probablement pas l’intention d’aller s’installer là-bas avec sa famille une fois la guerre terminée. La région était fréquentée par les Micmacs durant l’été, mais peu d’Acadiens y avaient élu domicile de façon permanente. Selon Benjamin Sulte, « On a appelé ‘seigneuries sauvages’ les concessions des terres faites à des officiers ou à des particuliers qui, au lieu d’établir des habitants, s’occupaient de la traite et vivaient au milieu de leurs employés comme des barons du Moyen-Âge »[52]. Parmi ceux-ci, l’historien cite Denys de Vitré, Denys de Fronsac et Denys de Bonaventure, tous parents de Françoise Denis, des marchands qui avaient intérêt à ce que leur beau-frère possède une seigneurie dans la région.

 

Derniers préparatifs

 

Le mois de mai est arrivé. Le bâtiment est maintenant prêt à partir en guerre. Mais il faut d’abord payer les ouvriers et pour cela, il faut emprunter.[53]

 

Au mois de mai 1697, Outlaw est accompagné de son épouse quand il signe devant le notaire Chamballon une obligation pour une somme de seize cent quatorze livres[54] envers le Sieur Jean Gould, marchand de Québec. Les deux hommes se connaissaient bien. Rappelons que Gould avait été parrain de l’aîné des Outlaw trois ans plus tôt. Pour que le marchand consente à avancer une telle somme, il fallait qu’un solide lien de confiance ait été établi. L’investissement était à haut risque.

 

La rumeur du départ du capitaine Outlaw pour une guerre de course devait circuler depuis un certain temps. Recruter des volontaires n’était pas une mince tâche. On dit que les flibustiers étaient parfois engagés de force, qu’ils étaient plus ou moins kidnappés dans des tavernes de la ville après avoir été saoulés. Quoi qu’il en soit, rares sont les hommes qui ont envie de risquer leur vie dans ce genre d’expédition. On a beau leur faire miroiter des gains considérables, en réalité, les salaires sont aléatoires. Ils dépendent des prises sur les navires ennemis. Malgré tout, il y a toujours quelques gaillards fantasques ou soldats désœuvrés qui sont prêts à affronter tous les périls.

 

Conscients des dangers qui les guettent, certains prennent leurs précautions avant le départ. Ils se présentent devant un notaire pour assurer leurs arrières. Ce fut le cas de Pierre Dumas qu’Outlaw et sa femme ont croisé chez Me Chamballon le 7 mai. Il venait de faire rédiger un testament dans lequel il exprimait ses dernières volontés :

 

« […] dans le voyage qu’il va faire sur le brigantin nommé Le Frontenac armé en guerre pour faire la course en mer sur les ennemis de notre nation sur lequel il est sur le point de s’embarquer a fait et fait par les présentes donation par le simple et pour cause de mort à Louise Vaillancourt fille de Robert Vaillancourt habitant de l’île de St-Laurent paroisse de la Sainte-Famille absente ledit notaire acceptant pour elle une terre et habitation sise en la seigneurie de la Chevrotière contenant trois arpents de front sur quarante de profondeur ».[55]

 

D’autres membres de l’équipage du Frontenac, comme  François Hazeur dit Lamothe, Adam Bastard dit des Colombiers, Pierre Verdier dit Dragon , Jean Naquin[56] dit L’Étoile, tous soldats de la Compagnie du Sieur de Chassaigne ainsi que André Bonnault ont fait la même démarche auprès du notaire Genaple, alors qu’ils sont …

 

« […] prêts de partir pour le voyage en flibuste[57] qu’ils vont faire sur mer avec le capitaine

Outlas contre les ennemis de cette colonie, en cas que mort leur arrive dans le dit voyage, ils donnent, cèdent, transportent et délaissent chacun d’eux séparément et en ce qui les concerne au Sieur Pierre Leaumont de Beauregard bourgeois de cette ville […] tout ce qui se trouver appartenir à chacun des susnommés qui décédera dans ce dit voyage de flibuste. »

 

Ces hommes n’ont rien à donner en héritage. Ils n’ont pas de famille en Nouvelle-France, mais en cas de disparition, ils veulent au moins s’assurer d’aller au paradis, et ils comptent sur leur ami, Pierre Leaumont de Beauregard, pour qu’il « prie pour leur âme » et ils « offrent leur part du butin s’ils en viennent à mourir ». Ils disent avoir parfaitement confiance en leur ami et comptent sur « sa piété, dévotion et reconnaissance. »

 

Lettre de marque ou passeport

 

Mais avant de partir, un corsaire doit au préalable obtenir la permission des autorités. Cette « lettre de course », Outlaw l’a obtenue officiellement du gouverneur le 4 mai 1697. Le document se lit comme suit :

« Louis de Buade comte de Frontenac gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Canada Acadie île de Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale, Nous avons donné congé et passeport au Sieur Outlas naturalisé français et sujet du Roy de France, capitaine, commandant le brigantin Le Frontenac de port de vingt-quatre tonneaux ou environ armé de quatre canons, de six pierriers et cinquante-neuf hommes d’équipage lui compris de partir incessamment de cette rade avec le dit brigantin, aller dans toute l’étendue de notre gouvernement et autres endroits où il jugera à propos, faire la guerre aux ennemis du Roy notre maître, et particulièrement aux Anglais de Boston et Manathe comme aussi de courir sus sur les corsaires pirates et autres ennemis du Roy qui voudraient empêcher la liberté du commerce aux sujets de Sa Majesté, les attaquer dans les lieux et endroits où ils les rencontreront, les prendre et amener prisonniers avec leurs vaisseaux équipages et marchandises. Exercer sur eux les actes permis et usités par les lois de la guerre, à la charge toutefois par le dit Sieur Outlaw de garder, faire garder et observer par ceux de son équipage ces ordonnances de la marine et règlements faits par Sa Majesté sur les peines y contenues et en cas de prises en guerre il les amènera s’il se peut à Québec où il fera faire les procédures par devant les officiers et l’amirauté conformément aux dites ordonnances. Enjoignons à tous les officiers, soldats, matelots canadiens ou autres qui seront sur ledit brigantin de reconnaître le dit Sieur Outelas pour leur capitaine, de lui obéir en tout ce qu’il leur ordonnera pour le service du Roy, sur peine de châtiments à leur retour […] »

 

Soutien particulier de Frontenac

Tout bien considéré, en donnant leur aval aux opérations corsaires, les États bénéficiaient d’une flotte militaire à peu de frais. Les vaisseaux étaient financés par des marchands à titre privé. Ces derniers escomptaient bien sûr en retirer quelque profit.

On sait, par ailleurs, que le brigantin de Outlaw a été « équipé et armé par plusieurs personnes de cette ville à la réserve de quelques soldats que M. le Comte de Frontenac jugea à propos de leur donner avec des canons, armes et munitions du magasin du Roy pour 2 126 livres monnaie de France […] [58]». S’agissait-il d’une faveur particulière en vertu des bons rapports qu’il entretenait avec le gouverneur? L’État n’avait pas vocation habituellement à financer ce genre d’expéditions.

Liste des membres de l’équipage et partage du butin

Dans le «Rôle de l’équipage » figure le nom des marins ainsi que «les lots que chacun doit lever sur le bien des prises qui auront été faites conformément à leur engagement.» Le capitaine aura cinq parts, le lieutenant Pillet et le co-lieutenant Girouard en auront trois chacun, le chirurgien trois également et ainsi de suite. La plupart n’aura droit qu’à un seul lot et trois personnes n’auront droit qu’à 2/3 de lot. On dira plus tard que les salaires trop bas n’attiraient pas les hommes les plus aguerris.

Aux 56 noms inscrits s’ajoutent deux autres dont un dénommé François Lemelin, un pilote, qui signe une entente particulière.

 

TROISIÈME PARTIE

Dernier voyage

Le départ du Frontenac

Quelques jours après la signature du « passeport » par Frontenac, la tension est palpable sur le quai de Québec. Le départ d’un vaisseau est toujours empreint d’émotion, mais que dire quand la mission est aussi hasardeuse !

Quand Outlaw donne l’ordre d’appareiller, Françoise Denis tient dans ses bras le petit Jean-Philippe âgé d’un an à peine et elle porte en elle un autre garçon qui naîtra deux mois plus tard, le 10 juillet. Le Frontenac part croiser le long de la côte Atlantique près de Boston.

Reconstitution du voyage

Il faudra attendre à la fin de l’été pour connaître le sort du Frontenac et de son capitaine, ceci grâce aux rapports et au journal que rédigeaient consciencieusement Joseph Robineau de Villebon, administrateur de l’Acadie.

Villebon est installé au Fort Naxouat (Nashwaak) près de la rivière Saint-Jean, (aujourd’hui  Fredericton, Nouveau-Brunswick). L’endroit est stratégique. Le tirant d’eau de la plupart des bâtiments les empêchant d’emprunter cette rivière, ils n’ont d’autres choix pour y accéder, que de mouiller dans la baie Française (Baie de Fundy) pour remonter ensuite dans une barque jusqu’à Naxouat.

 

Le 10 août Villebon écrit :

«  […] je reçois une lettre du Sieur Outelas, armateur de Québec, par laquelle il me marquait qu’il avait fait quatre prises anglaises le long de ses côtes; qu’il allait aussi aux Mines [59] faire des vivres, et qu’il part servir [60]au bas de la Rivière à son retour, ce qui m’a fait dépêcher aussitôt un canot pour l’y retenir »

 

 

Et quelques jours plus tard :

« Du douzième J’envoyai le Sieur de la Falaise[61] aux Mines avec des ordres pour défendre

aux sieurs Outelas et de St-Pierre d’aller en course jusqu’à nouvel ordre. »

 

À ce moment, Villebon veut freiner les corsaires car il prépare  secrètement, en collaboration avec ses alliés amérindiens, une opération d’attaque contre les Anglais. Tous les éléments sont en place. On n’attend plus que les ordres et le renfort de la France, ce qui tarde à venir. La situation est tendue. Villebon craint que les corsaires par leurs actions ne perturbent le plan qu’il prépare méticuleusement.

Mais treize jours plus tard, soit le 25 août, l’administrateur de l’Acadie revient sur sa décision et il en explique les raisons:

« […] le Sieur Outelas armateur de Québec arriva ici ayant laissé sa corvette au bas de la rivière armée d’une cinquantaine d’hommes et une prise qu’il envoya à Québec avec 25 hommes de son équipage. Comme il n’avait que pour un mois de vivres n’en ayant pu trouver davantage aux Mines, et que ces rivières étant consommées, il se trouve non seulement en état de ne rien entreprendre, mais même de craindre quelque sédition du côté de son équipage comme il en avait été déjà menacé, je jugeai ne pouvoir l’empêcher d’aller en course et il partit d’ici le 26[62], lui ayant fait donner un pilote côtier. »

 

Et comme Outlaw a laissé au fort de Naxouat des prisonniers anglais, le gouverneur a pris le temps de les interroger et leurs réponses le rassure un peu :

 

« Le vingt-sept [août], […] après avoir bien interrogé deux prisonniers qui m’avaient été remis par le Sieur Outelas, ils m’assurèrent qu’ils ne faisaient aucun préparatifs dans la Nouvelle-Angleterre […] »

 

Il semble bien en effet qu’Outlaw ne soit  pas resté inactif. Le gouverneur du Massachussetts, William Stoughton[63], écrit dans une lettre datée du 13 septembre 1697, que :

 

« Cette côte a été récemment infestée par un petit corsaire français du Canada, un Outlaw, commandant renégat anglais. Je n’ai rien entendu parler de méfait de sa part, sauf la prise de cinq Sloops, dont trois qu’il a brûlé. Il a emporté les deux autres ».[64]

 

Puis, le 22 octobre dans son journal[65], Villebon fait état d’une lettre qu’il vient de recevoir de Outlaw. Le corsaire, qui est malade, écrit de Port-Royal.

 

Il rapporte avoir dû abandonner un vaisseau qu’il a attaqué le mois dernier à Cape Cod. Il indique aussi que trois de ses hommes ont déserté et qu’un autre a été tué. Enfin, il parle des six bâtiments chargés de grain qu’il a capturé, dont trois ont été brûlés, les autres étant dirigé vers Port-Royal. Il s’agit sans nul doute des bâtiments auxquels faisaient allusion le gouverneur du Massachussetts. Obligé de se reposer à Port-Royal, il a néanmoins ordonné à une quarantaine de ses hommes de se lancer dans un autre raid.

 

Le lendemain, l’administrateur Villebon s’inquiète pour les colons qui sont restés à Port-Royal. Il écrit au Sieur de La Falaise qu’il a envoyé là-bas l’encourageant à revenir à la première occasion.

 

Le Sieur de Falaise est finalement de retour que le 15 novembre. Selon lui, les Anglais n’ont été vus ni à Port-Royal, ni aux Mines, ni à Beaubassin. Enfin, il remet à Villebon une lettre de son beau-frère, le capitaine Outlaw, dans laquelle ce dernier annonce que les membres de son équipage ont capturé deux embarcations le mois dernier, soit un bateau de pêcheurs pris sur la route de Piscatagua[66], lequel a été coulé et l’autre, un brigantin qui venait de faire escale à Boston en provenance de Caroline. Le brigantin était chargé de blé, de maïs et de tabac et a été ramené à Port-Royal.

 

Les prisonniers anglais ont ouï dire que les Français avaient pillé Carthagène[67]. Au demeurant, il s’agissait de la dernière salve française avant la signature du traité de Ryswick le 30 octobre 1697. Villebon ne sera informé de l’accord de paix que le 21 avril 1698 par une lettre en provenance de Boston et signé par le gouverneur Stroughton.

 

Le sort du capitaine du Frontenac

 

Outlaw n’apprendra jamais la nouvelle de la fin de la guerre pour la bonne raison qu’il est mort à Port-Royal au cours de l’hiver 1697-1698. La saison avait été particulièrement rude cette année-là racontait Villebon dans son journal.On’avait jamais vu autant de neige.

Les circonstances de cette mort demeurent nébuleuses. Qu’est-il advenu de l’expédition du Frontenac ? Les marins qui ont brandi la menace d’une « sédition » sont-ils finalement passés à l’action ? Qu’est-il arrivé du vaisseau? Pourquoi le brigantin n’est jamais réapparu à Québec ?

Combien de temps le nouveau maître du brigantin, le lieutenant Pillet[68], a-t-il poursuivi sa course?

 

Nous savons seulement qu’un des membres de son équipage a un jour été fait prisonnier et amené aux Antilles. Villebon fait allusion à ce captif dans sa réponse à Stroughton qui vient de lui renvoyer des prisonniers français. Un nommé Duboct[69] manque à l’appel et on réclame son retour. Villebon précise que l’homme faisait partie de l’équipage de Pillet. Il aurait été vendu aux Barbades sous prétexte qu’il était un Indien. L’administrateur réclame son retour en faisant valoir que si la mère de Duboct est effectivement une Huronne, son père est un Français qui vit près de Québec et qu’il est fort estimé du comte de Frontenac.

 

Le lieutenant Pillet arrive à Québec

 

Le 30 juin 1698, le principal bras droit d’Outlaw, le lieutenant Guy Pillet accoste au quai de Québec avec deux vaisseaux pris à l’ennemi. Il s’agit d’ « d’une caiche nommée La prospérité et un brigantin nommé L’Aventure chargé de quelque sel et morue pris sur les Anglais au mois de juillet 1697 par Jean Outlan »[70]

À peine est-il arrivé que les autorités, sous les ordres de Champigny, s’attèlent à faire un premier inventaire des bâtiments. Rien de plus urgent que de connaître la valeur des embarcations. Sont présents René Louis Chartier écuyer, seigneur de Lotbinière, conseiller du Roy et subdélégué de l’intendant général civil et criminel au juge de la Prévôté et amirauté de Québec, Monsieur Jean-Baptiste Bécart, écuyer Sieur de Granville conseiller du Roy et procureur de sa Majesté, Me Charles Rageot, notaire et enfin le Sieur Jean Gould armateur principal. Ce dernier a sûrement bien hâte de voir ce qui est advenu de son investissement.

 

On commence par visiter le brigantin L’Aventure[71] (ou Adventure) une embarcation « d’environ vingt-sept tonneaux » a été « prise sur les Anglais l’été de l’année dernière[72] » aux alentours du Cap Sable. Le capitaine s’appelait James Philbricke.

À Bertrand Cousillant [73] commandant sous les ordres de Pillet, on demande « de nous faire voir tout ce qui dépend dudit brigantin, tout le corps du bâtiment les agrès et apparaux ».

Puis le petit groupe se transporte juste à côté pour visiter la quaiche nommée La Prospérité amarrée au côté du brigantin. Pillet est accompagné de Jean Delguel dit Labrèche [74]écrivain et commis des livres. Ce dernier guide la visite de la seconde prise.

 

Le greffier s’emploie à noter tout ce qu’on peut trouver sur le bâtiment : gouvernail, cabestan, hauban, horloges et compas, ancres de fer, fusils, pistolets, assiettes, paire de menotte, quinze livres de poudre à canon, peaux d’orignal, barriques de tabac, baril de sel, peaux de vaches, etc.

 

Tout est inscrit et décrit. Puis voilà que, dans la chambre de la dite quaiche, on trouve « un coffre de bois fermant à clef que ledit Delguel a dit appartenir au défunt Outelas »

 

L’ouverture du coffre

On espère que le coffre personnel du capitaine nous permette d’en apprendre davantage sur les circonstances de sa mort. L’ouverture officielle aura lieu le 4 juillet. L’opération se déroule à bord de la quaiche en présence de Louis Chartier et de Jean-Baptiste Bécart Degranville. Le gardien de la clef, Jean Delguel dit Labrèche, assiste à l’événement. Le moment a quelque chose de solennel.

 

On y extrait « un petit sac de toile, pleins de papiers et livres de compte écrits en anglais,[75] lesquels papiers ont été mis en mains du dit procureur du Roi, pour les examiner, après quoi nous avons fait refermer ledit coffre et laissé la clef en mains du dit Labrèche

 

Ces papiers ont-ils été conservés ? Certains d’entre eux pourraient faire partie d’une liasse de 22 pièces provenant de la Prévôté de Québec qui ont été regroupées par la BANQ. Ces pièces portent essentiellement sur le voyage du Frontenac.

C’est ici qu’on retrouve la fameuse lettre de John Outlaw, celle dont il a été question au début de mon récit. Il s’agit, pour le moment, de la seule lettre connue qui ait été rédigée de sa main. Voilà ce qui pourrait être le réel trésor que recélait ce coffre.

La missive, écrite de Port-Royal, est datée du 26 octobre 1696 minuit, or le 3 octobre de cette année-là, il signait un registre de baptême à Québec[76], revenant depuis peu de son expédition avec la Bouffonne. Plusieurs autres éléments nous démontrent que le corsaire a fait une erreur d’année en inscrivant la date sur cette lettre qui, en réalité, aurait plutôt été rédigée le 26 octobre 1697.

De telles distractions sont fréquentes et peuvent arriver à n’importe qui. Quand il compose ces lignes, Outlaw est très malade : « pray excuse me for my sickness hinders me to whrite » (prière de m’excuser ma maladie me gêne pour écrire). Son texte peut sembler parfois décousu et truffé de fautes d’orthographe et d’écriture au son.

Il s’adresse en anglais à son armateur Jean (ou John) Gould, ce marchand originaire de La Rochelle, dont le patronyme nous porte à croire qu’il était aussi « anglais de nation ».

On a vu plus haut que le 22 octobre 1697, soit quatre jours plus tôt, Villebon avait noté avoir reçu une lettre d’Outlaw rédigée à Port-Royal. Le capitaine se disait très malade. On remarque beaucoup d’autres similitudes entre les deux lettres.

Extraits traduits et commentés de la lettre

« Suite à plusieurs déplacements, j’ai vécu plusieurs péripéties durant ces voyages qui m’ont causées beaucoup de difficultés aussi bien pour la raison, que je n’ai pas rencontré mon escorte pour satisfaire à notre engagement. Non pas d’avoir tout fait ce qu’un homme peut faire pour vaincre la mer, par notre but d’appareiller un vaisseau avec seulement 50 hommes. »

 

On apprend ici qu’il attendait une escorte qui n’est jamais venue et il déplore n’avoir eu que 50 hommes d’équipage à sa disposition. Ce nombre peut paraître important à nos yeux, mais il faut savoir que la course en mer exigeait un grand nombre d’effectifs, non seulement pour aborder les navires ennemis, mais surtout pour ensuite ramener les prises à bon port.

 

« […] souhaitant être au Canada, je tente le sort avec un sloop chargé de ce que vous voyez dans le connaissement de charge [77] inclus […] pour tous les habitants ici à Port-Royal, je le blâme particulièrement pour ceux qui étaient passagers à son bord pour cape Sable, En bref il vendit ancres câbles armes et tout ce qui se trouvait à bord du vaisseau pour faire de l’argent par des ventes profitables et qu’il gagne sur les deux prises entendu sur […] montant de 50 couronnes […] »

 

 

Certains passages sont illisibles mais Outlaw précise bien écrire de Port-Royal. Il fait ici allusion, sans le nommer, à un individu qui l’aurait escroqué. Mentionnons, en passant que le brigantin l’Aventure qui vient d’accoster à Québec a été pris au Cap Sable. Un montant de cinquante couronnes est évoqué. Il faut retenir ce montant car un marin y fera bientôt allusion à l’occasion de son témoignage.

 

« […] le persuadant que Monsieur le comte et Monsieur l’intendant le paieraient à leur arrivée. En vérité je lui ai donné 36 lettres de recommandation pour vous, mais c’était une raison pour me débarrasser de lui, car il est un grand coquin qui engendre toujours des dissensions entre moi et mes hommes; prière de ne pas le payer avant d’avoir de mes nouvelles qui sera aussitôt fait lorsque mon sloop sera de retour de son voyage lequel je l’espère sera assez payant, pour ma part,[…] »

 

Il semble vouloir se débarrasser d’une personne qui le harcèle pour de l’argent, possiblement celui qu’il envoie à Québec avec le connaissement. S’agit-il de Pillet ou de Girouard, un co lieutenant qui n’est pas présent à l’arrivée des deux prises à Québec?

 

«  […] aussitôt de retour de Cape Cod, où j’ai fait une descente pas aussi fructueuse que souhaitée, car je pensais m’emparer de 5 sloops avec des richesses à bord, mais n’avaient que des chargements de blé, j’en ai brulé trois en ai ramenés deux avec gréements et appareillages pour les autres et le pillage d’un petite maison, la frégate est venu de Boston, j’ai été obligé de fuir, j’avais chargés 150 barils de sel prêts dans ma barque, n’ayant pas le temps le temps d’en prendre plus de 35 […] »

 

L’épisode des cinq sloops a déjà été évoqué par le gouverneur du Massachussetts et par l’administrateur de l’Acadie. Enfin, les gréements et le butin ainsi décrits peuvent facilement être assimilés aux éléments inclus dans l’inventaire des deux prises ainsi qu’aux témoignages des membres de l’équipage.

 

« […] j’ai eu un soldat qui m’a déserté […] ; deux autres ayant trouvé du brandy et rhum sur la grève se sont enivrés et furent capturés et emmenés à bord d’un sloop, avons trouvés leurs armes dans les bois (…) »

 

« […] le nom du soldat tué est Bellhumeur et les deux autres qui buvaient Gindare et Mountauban […] »

 

Outlaw poursuit en racontant ses mésaventures avec certains membres de l’équipage au fur et à mesure qu’elles lui reviennent en mémoire.

 

Avant de transmettre ses salutations, il termine en évoquant ses problèmes de santé. Il a pu être atteint du typhus, une maladie transmise par un pou et qui touchait particulièrement les personnes confinées, les navires étant des lieux particulièrement propices pour ce type d’affection.

 

« […] aussitôt passé le cap je tombai très malade, ce qui me provoqua une grande faiblesse, je ne pouvais marcher ou me tenir debout, quand nous sommes arrivés à Port Royal j’ai rencontré monsieur Falaise avec le prêtre, et mes officiers resteront par la force des choses plusieurs heures à terre, je n’avais que la mort qui m’attendait si je retournais en mer dans ma condition, j’ai suivi leurs conseils et demeuré à terre où loué soit Dieu ! J’ai commencé à recouvrer ma santé en espérant que l’hiver prochain je puisse faire un voyage ou deux, mon sloop est en mer avec mon lieutenant[78] et 40 hommes à son bord qui je l’espère fera quelque chose digne de mon arrivée au Canada […] »

 

« […] Madame Falaise vous salue et elle serait heureuse de recevoir une lettre de votre main; voici la copie de la lettre que j’ai envoyée à monsieur le Comte Je n’ai pas écrit à monsieur

Lal […] pour la raison que je n’ai pas d’autre écrivain que monsieur Falaise prière de m’excuser ma maladie me gêne pour écrire j’ai reçue aujourd’hui la lettre de mon épouse qui exprime toute votre gentillesse que vous avez pour moi et ma famille […] »

 

« […] Monsieur je demeure votre humble serviteur

[à tous] Octobre le 26; 1696 minuit

Jh Outlaw (paraphe) »

 

Les témoignages

Trois membres de l’équipage, soit Jean Delguel, Bertrand Cousillant et Desmeul (Jean Demeule) second pilote, sont interrogés par les autorités.

En premier lieu, on veut connaître la manière dont les vaisseaux anglais ont été capturés afin, sans doute, de s’assurer que les prises ont été faites dans les règles. La réponse du contremaître Bertrand Cousillant dévoile quelque tactique de leurre à la mode corsaire :

 

« Lorsqu’ils donnèrent course à quelques bâtiments anglais, ils portaient eux-mêmes pavillon anglais, et que lorsqu’ils étaient près de ces dits bâtiments, ils mettaient pavillon français ».

 

On veut aussi savoir pourquoi aucun prisonnier anglais n’a été ramené à Québec. Le nommé Cousillant est celui des trois témoins qui donne les explications les plus détaillées :

 

« Le dit Sieur Outelas qui commandait la corvette[79] Le Frontenac a gardé les premiers prisonniers anglais pendant deux mois savoir un de chaque bâtiment anglais les autres ayant été renvoyés dans une quaiche qui fut rançonnée et que les Anglais des autres bâtiments qui ont été pris furent amenés au Port Royal d’où le dit Sieur Outelas les fit embarquer dans une quaiche et les fit mettre à terre au Cap Cod, et qu’enfin les derniers Anglais furent embarqués dans un sloop avec Pilet. Dans la dernière course qu’il fit le sieur Outelas lui ayant donné l’ordre de les mettre à terre auprès de Boston ce qui fut fait et furent mis au Cap Anne, que le dit Outelas n’a pas voulu garder les dits Anglais parce qu’ils lui auraient coûté de les nourrir pendant l’hiver; que lui qui parle savait toutes choses parce qu’il a été à toutes les courses qui se sont faites ».

Puis, en répondant à une question sur le contenu du butin ramassé par Outlaw lors de ses courses, le commis aux livres et écrivain Delguel dit Labrèche fait clairement allusion à un pillage et le nom d’un suspect est avancé ici.

Delguel raconte que :

« […] il n’a point de connaissance du pillage qui a été fait lors de la mort du dit Outelas […] que quand il a été de retour du Port Royal où est décédé Outelas, il a trouvé presque tous les effets qu’il y avait laissés enlevés sans que lui qui parle sache comment ».

 

Delguel explique ensuite qu’il y a eu « du bruit »[80] entre le commandant Pillet et un dénommé Louis Allain (Alain) chez qui Outlaw s’était rendu quand il était malade. Pillet a soupçonné fortement Louis Allain de s’être emparé d’une partie du butin, mais l’homme a prétendu qu’Outlaw avait pu disposer lui-même de ses effets. Face à cette réponse et sans preuve, Pillet aurait vraisemblablement capitulé.

 

Pour sa part, le contremaître Cousillant n’exprime aucun doute sur le fait qu’il y a eu pillage :

 

«  […] il n’est pas possible que le dit Sieur Outelas ait pu dépenser les effets qu’ils se sont trouvés que le nommé Louis Allain, chez lequel le dit Sieur Outelas est mort, a dit que ledit Outelas avait vendu la meilleure part de ce qui manquait, ce qui fut cause que le dit Pilet se querella avec le dit Allain, mais qu’ils se raccommodèrent après, lui qui parle ne sachant comment le dit accommodement s’est fait […] »

 

Cette dernière phrase nous fait soupçonner une tractation ou un genre de partage du butin qui aurait pu être fait entre Louis Allain et le commandant Pillet. Ça reste une supposition.

On ne saura pas non plus précisément en quoi consistait ce butin volé bien que le commis Delguel nous en donne un aperçu approximatif qu’il semble étrangement vouloir minimiser :

« […] les effets qui ont manqué de se trouver ne consistaient que quinze cent livres de tabac anglais en feuilles environ vingt-deux barriques de sel, et environ cent quarante boisseaux de blé d’Inde ou froment, le boisseau étant comme le minot de ce pays que ledit Outelas pourrait bien avoir aussi cinquante écus blancs[81], qui n’ont pas été retrouvés à la réserve d’une pistole d’or, six écus blancs, et un écu d’or et est tout ceci qu’il a dit et déclaré à la réserve qu’il a dit encore que le dit argent a été employé a payé des dettes qu’avait créées le dit Outelas, et que le dit Pilet a les quittances des paiements qui ont été faits, ayant encore lui payé pour l’acquittement de ses dettes, soixante livres de castor pris des Anglais, quarante martres, une peau d’orignal avec deux ou trois pécans »

 

Voilà un rapport plutôt imprécis de la part du commis aux livres, ce qui est loin de nous convaincre de sa parfaite honnêteté.

 

 

Louis Allain à Port-Royal

 

Ces témoignages nous confirme du moins qu’Outlaw avait été malade à Port-Royal et qu’il avait séjourné chez un nommé Louis Allain durant l’hiver 1697-1698. En effet, Allain possédait une habitation près du fort de la ville.[82] Il avait vécu un temps en Nouvelle-Angleterre, parlait bien anglais. Il avait été, entre autres, navigateur, caboteur sur la côte Atlantique, et émissaire des gouverneurs pour l’échange de prisonniers. Réputé astucieux et roublard, il fut à plusieurs reprises soupçonné de magouilles mais jamais condamné.

 

Huit ans plus tard, en 1706, il sera assigné à comparaître à Québec et le plaignant sera Simon-Pierre Denis de Bonaventure, le neveu de Françoise Denis, de 7 ans son aîné. Les deux familles étaient proches. Du moins, la mère de Simon Denis de Bonaventure, Catherine Leneuf, était présente au mariage de Marie-Françoise Denis et de John Outlaw.

 

L’histoire du vol du butin est certainement venue aux oreilles de Bonaventure, peut-être par son parent La Falaise. Quoi qu’il en soit, les accusations qu’il portera contre Allain en ce mois d’octobre 1704 concernaient autre chose. On lui reprochait d’avoir détourné à son propre compte de l’argent et autres biens qu’on lui avait confiés lors d’une mission d’échange de prisonniers à Boston :

 

« […] argent hardes et pelleteries appartenant à plusieurs particuliers dont il s’était chargé de l’ordre de Monsieur Brouillan tant pour le soulagement de nos prisonniers que pour acheter à Boston des choses nécessaires pour la culture des terres dont l’habitant avait grand besoin. »[83]

 

L’accusation sera finalement rejetée car trop difficile à prouver.Pourtant, Louis Allain, dit-on, « vivait à l’aise comme un seigneur » [84] et il était loin d’en être à ses premières escroqueries.

 

Selon le marchand Jean Gould, Outlaw avait été spolié d’une manière ou d’une autre à Port-Royal. Dans la requête qu’il adresse au lieutenant de la prévôté, il parle du « reste d’un grand butin pris par dit Sieur Outlas et partagé malgré lui par les gens de son équipage pendant l’hivernement qu’ils ont été obligés de faire au port Royal où le dit Sieur Outlas est mort depuis ». Gould en est venu à cette conclusion après avoir écouté les témoignages et tout porte à croire qu’il a vu juste.

 

Enchères des bâtiments

 

Le marchand Gould qui est le « principal intéressé dans le brigantin Le Frontenac »[85] demande de faire procéder le plus rapidement possible au partage des biens de ces deux prises faisant valoir qu’il s’y trouve de la morue en perdition et du tabac. Il plaide aussi que des bateaux chargés de vivres et d’autres marchandises devraient être bientôt sur le point d’arriver au port ce qui ferait perdre rapidement de la valeur à ce qui reste des deux prises.

Dès le surlendemain, on procède donc à la vente de la morue. Seulement sept personnes, mis à part le Sieur Gould, manifestent leur intérêt. Le poisson est finalement adjugé à l’armateur pour la somme de dix livres pour chaque quintal. Le tabac, moins périssable sera remis aux enchères le lendemain. Après quelques jours, le manque d’intérêt pour cette marchandise ne se démentant pas, c’est le Sieur Gould qui en prendra possession pour 35 livres le quintal.

Les enchères de la quaiche ont lieu le 21 juillet. Elle est adjugée à Charles Perthuis pour la somme de 1 500 Livres, tandis que le Sieur Riverin obtient plusieurs effets qui se trouvaient sur le bâtiment pour la somme de 380 livres. Enfin, le 23 juillet, le brigantin est adjugé au Sieur Grignon pour la somme de 930 livres.

Normalement, en temps de guerre, l’amiral recevais 10% de la valeur des prises. Frontenac qui jouait alors ce rôle en Nouvelle-France, en aura-t-il bénéficié ?

Remariage de la veuve Outlaw

Durant ce même mois de juillet de l’été 1698, le 16, tandis que sur le port on procède à la vente des restes des biens du Sieur Outlaw, sa veuve signe un contrat de mariage avec Noël Chartrain devant le notaire Guillaume.

On peut penser que, même si la nouvelle du décès de son mari avait pu parvenir à ses oreilles dès le printemps, Francoise Denis avait préféré attendre le retour du lieutenant Pillet avant de célébrer un nouveau mariage.

Conclusion

 

Des côtes de la Nouvelle-Angleterre en passant par la baie d’Hudson et le golfe Saint-Laurent, le capitaine Outlaw a navigué presque sans relâche dans les conditions les plus difficiles jusqu’à ce que la maladie et la mort le forcent à s’arrêter.

Au cours de sa vie, il a croisé les routes de plusieurs figures importantes de la Nouvelle-France. Il a su se faire apprécier par des personnages plus grands que nature comme Radisson et Lemoyne d’Iberville. Il a convaincu le gouverneur Frontenac de lui confier une mission de corsaire avec plus de cinquante hommes d’équipage. Grâce à son mariage avec une fille de notable, il a fréquenté les protagonistes les plus haut placés de la colonie.

Sans son ami, Jean Gould, l’aventure sur les côtes de l’Acadie n’aurait pu avoir lieu. Les marchands soutenaient les expéditions corsaires parce que la guerre nuisait à leur commerce. Les risques de se faire voler la marchandise en mer étaient grands.

Dans l’unique lettre qu’il nous reste de lui, Outlaw exprime à son ami le vœu de « faire quelque chose de digne de son arrivée au Canada ». Il s’acharne à faire une dernière course. Son expédition de 1697 est certes motivée par la gratitude qu’il semble éprouver pour le Canada, peut-être aussi par l’amertume qu’il ressent envers l’Angleterre, mais on ne peut s’empêcher de penser que, par-dessus tout, c’est sa passion irrésistible pour la mer et l’aventure qui le pousse à entreprendre cet ultime voyage alors qu’il est marié, père de deux jeunes enfants.

Il meurt loin de sa famille, entouré de flibustiers et de fripouilles sans foi ni loi. Lui-même, il faut le dire, ne s’était jamais trop embarrassé de considérations légales ou de probité. Avant de mourir, il fut fort probablement victime de ces forbans pour qui l’appât du gain passait avant tout. On a soupçonné Louis Allain, son hôte de Port-Royal, de l’avoir dévalisé, mais la loyauté de son équipage était tout aussi discutable. Outlaw n’avait-il pas confié au gouverneur Villebon sa crainte d’une mutinerie? Il avait toutes les raisons de se méfier de son entourage.

Le métier de corsaire n’était pas de tout repos. En plus d’avoir à mâter le caractère impétueux de son équipage, il devait savoir manœuvrer les vaisseaux avec adresse dans des conditions extrêmement difficiles, sans compter les risques considérables que représentait l’attaque des navires ennemis.

On peut imaginer l’angoisse que ressentait Françoise Denis quand elle vit partir son mari sachant qu’elle risquait de ne le revoir jamais.

J’ai tenté ici de reconstituer son histoire, de mettre en place les morceaux du casse-tête mais tant de questions sur sa vie et sur les circonstances de sa mort restent en suspens. Au bout du compte, ce John Outlaw aura laissé en héritage beaucoup plus de mystère que d’argent.

Il reste que j’ai pris grand plaisir à découvrir ce capitaine au nom prédestiné, un « anglais de nation » coureur de risque qui avait toutes les qualifications pour être un excellent corsaire.

 

 

 

 

[1] Rédigé de diverses manières : John Outlaw, Outelas, Outellas, Outhelas, Houtelas, etc.

[2] Extrait du contrat de mariage entre Noël Chartrain et Marie Françoise Denis (Notaire Guillaume 1698-07-16)

[3] Charles Denys de Vitré fut entrepreneur en pêcheries et membre du Conseil souverain.

[4] Le bâton de Jacob, également appelé arbalestrille ou arbalète, est un ancien instrument utilisé pour la mesure des angles en astronomie, puis pour la navigation : distance angulaire entre deux corps célestes, ou angle entre l’horizon et un astre. (Wikipedia)

[5] Tel que décrit dans le registre de l’église Notre-Dame de Québec à son mariage avec Marie Françoise Denis le 7 octobre 1692 à Québec.

[6] Procédures relatives à la prise de deux navires sur les Anglais vers le Cap de Sable, par le brigantin «Frontenac», sous le commandement du sieur Jean Outlas (John Outlaw) 26 octobre 1696 – 2 août 1696 Cote : TL5,D269 Collection Pièces judiciaires et notariales – BAnQ Québec

 

[7] Radisson et Desgroseillers sont à l’origine du grand intérêt portés par les Européens pour la Baie d’Hudson. Ce sont eux qui furent les premiers à explorer les lieux et y avoir vu un potentiel énorme pour la traite des fourrures. Ils avaient tenté sans succès d’impliquer la France et les commerçants français dans l’exploitation du lieu. Finalement, après divers rebondissements, ils aboutirent à Londres où ils intéressèrent le roi d’Angleterre. C’est ainsi qu’ils furent les fondateurs de la Hudson Bay Company. Après avoir travaillé pour l’Angleterre quelques années, le Père Albanel les convainc de revenir à la France. Bref, ils œuvrent côté français en 1682-83.

[8] Le tonneau permettait d’évaluer la capacité d’un vaisseau dans la marine ancienne, environ 2000 milles livres ou 40 pieds cubes.

[9] G. Andrews Moriarty, « GILLAM, ZACHARIAH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003–  http://www.biographi.ca/fr/bio/gillam_zachariah_1F.html

[10] Grace Lee Nute, « CHOUART DES GROSEILLIERS, MÉDARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 4 juill. 2021, http://www.biographi.ca/fr/bio/chouart_des_groseilliers_medard_1F.html.

[11] Cité par Martin Fournier, « RADISSON, PIERRE-ESPRIT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 4 juill. 2021, http://www.biographi.ca/fr/bio/radisson_pierre_esprit_2F.html.

 

[12] Ibidem

[13] G. Andrews Moriarty, « GILLAM, ZACHARIAH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003–  http://www.biographi.ca/fr/bio/gillam_zachariah_1F.html

[14] G. E. Thorman, OUTLAW, JOHN, Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, 1966, révisé 1986, http://www.biographi.ca/fr/bio/outlaw_john_1F.html

[15] Copy-book of Letters Outward &c 1679-94. The Champlain Society for The Hudson’s Bay Record Society, The Hudson’s Bay Record Society.

[16]Desgroseillers, pour sa part, refusera de travailler à nouveau pour la HBC. Le fait que son fils était resté au Fort Nelson dans l’attente des Français a pu jouer dans sa décision.

[17] Grace Lee Nute, « CHOUART DES GROSEILLIERS, MÉDARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– ,

http://www.biographi.ca/fr/bio/chouart_des_groseilliers_medard_1F.html.

[18] Clifford Wilson, « BRIDGAR, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003–  http://www.biographi.ca/fr/bio/bridgar_john_1F.html.

[19] Mémoire envoyé par de Meulles sur ce qui s’est passé dans le dernier voyage de la baie d’Hudson. Compte-rendu du voyage de La Martinière à Port Nelson. Archives nationales d’Outre-mer. 5 octobre 1685. https://nouvelle-france.org/fra/Pages/item.aspx?IdNumber=16032&

[20] G. E. Thorman, « OUTLAW, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– ,http://www.biographi.ca/fr/bio/outlaw_john_1F.html.

 

[21] Journal de l’expédition du chevalier de Troye à la baye d’Hudson en 1686, édité et annoté par l’abbé Ivanohé Caron. Beauceville. La compagnie de « L’Éclaireur » Éditeur 1918. p. 78

[22] G. E. Thorman, « OUTLAW, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– ,http://www.biographi.ca/fr/bio/outlaw_john_1F.html.

[23] Alice M. Johnson, « ABRAHAM, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 6 juill. 2021, http://www.biographi.ca/fr/bio/abraham_john_1F.html.

[24] Alice M. Johnson, « BOND, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , , http://www.biographi.ca/fr/bio/bond_william_1F.html.

 

[25] Stephen, Scott P., Masters and Servamts : The Hudson’s Bay Company and Its Personnel, 1688-1782, A Dissertation Submitted to the Faculty of Graduate Studiesin Partial Fulfillment of the Requirements for the Degree of Doctor of Philosophy Department of History University of Manitoba Winnipeg, Manitoba. p 328.

[26] Procès-verbal (signé Frontenac et Champigny) d’une délibération pour savoir s’il convient d’envoyer le vaisseau du roi le Hazardeux à la baie d’Hudson. Archives nationales d’Outremer.

[27] Compagnie commerciale française de la Baie d’Hudson, fondée en 1682 par Charles Aubert de La Chesnaye, avec l’aide de Radisson et Des ŋroseillers.

[28] Proulx, Gilles, Entre France et Nouvelle-France, Éditions Marcel Broquet, p. 77.

[29] Paul Lemoyne de Maricourt, frère de Pierre Lemoyne d’Iberville

[30] Bulletin des recherches historiques. Vol. XXIV Beauceville—Août 1918 No 8.  Charles Denys de Vitré, Conseiller au Conseil Souverain. p. 234-235

[31] Procès-verbal de la visite des bois de la Malbaie, de baie Saint-Paul et de l’île aux Coudres par Jean Outlaw, François Sauvin, Pierre Dupré et Charles Chaviteau. Mémoire signé Champigny concernant ces bois – visite de Barisson et Angibault en 1688; expédier une grande flûte pour le transport de ces bois; promesses de François Hazeur. 1691, octobre. Archives nationales d’outre-mer (France)

 

 

[32] Leur père, Simon Denis de la Trinité fut un personnage très apprécié en France et Nouvelle-France. Membre du Conseil souverain, il fut anobli par Louis XIV. Marié d’abord avec Jeanne Dubreuil dont il eut 7 enfants , il épousa Françoise Dutertre qui lui donnera 17 enfants, dont Françoise, l’avant-dernière et cadette des filles. Charles de Vitré était l’aîné des garçons du second mariage. Il avait alors 47 ans.

[33] Deux des fils de Pierre Denis de La Ronde et de Catherine Leneuf de La Poterie ont été corsaires en Acadie : Simon Pierre Denis de Bonaventure (1659-1711) et Louis Denys de La Ronde (1675-1741) . Source : les cahiers de la Société historique acadienne, Vol.33 N1 et 2, mars-juin 2002.p. 21-22.

[34] ROBERT, NORMAND, and MICHEL THIBAULT. Catalogue des Immigrants Catholiques des Iles Britanniques avant 1825. Montréal: Society de Recherche Historique Archivo-Histo, 1988. 122p.

[35] Ce mariage a pu avoir lieu à Londres au cours de l’hiver 1683-1684. Il a pu contribuer à la confiance que lui a accordée la Hudson Bay Company à l’époque.

[36] England Births and Christenings, 1538-1975″, database, FamilySearch (https://familysearch.org/ark:/61903/1:1:NYT6-2NT : 20 March 2020), Elizabeth in entry for John Outlawe, 1661. https://www.familysearch.org/ark:/61903/1:1:NYT6-2NT?from=lynx1UIV8&treeref=LHP2-Y8K

[37] Fonds du Conseil souverain Information de six témoins, dans le cadre d’un procès instruit par la Prévôté de Québec, 14 septembre 1696. Comparution de Marie-Françoise Dupont, 45 ans, femme de Paul Hébert, demeurant à Québec, en service chez le sieur Outelas, rue Saint-Louis. Bibliothèque et archives nationales du Québec

[38] Tel que mentionné dans le registre de la paroisse de Notre-Dame de Québec.

[39] Il arrivait que dans une famille des sœurs ou frères portent le même prénom.

[40] Né en 1640 à Trois-Rivières, Michel Leneuf de La Vallière et de Beaubassin à qui Frontenac avait octroyé un terrain à Beaubassin, avait eu son épisode corsaire en 1676 alors qu’il avait croisé sur les côtes de l’Acadie. Il fut gouverneur de l’Acadie en 1683 pour une durée d’un an.

[41]  Radoub : entretien et réparation de la coque d’un navire. Citation: Lettre de Champigny, Archives nationales d’outre-mer (France), 18 août 1696, https://nouvelle-france.org/fra/Pages/item.aspx?IdNumber=16544&

[42] Ibidem

[43] Roy, Pierre-Georges, Fils de Québec, Vol 1, 1933, Lévis, p.103.

[44] Relation de ce qui s’est passé de plus remarquable au Canada depuis le départ des vaisseaux en 1695 jusqu’au début de novembre 1696. https://nouvelle-france.org/fra/Pages/item.aspx?IdNumber=16534&

[45] Situé sur la côte nord au sud de Sept-Îles.

[46] Proulx, Gilles, Entre France et Nouvelle-France, Éditions Marcel Broquet, 1984, p. 85

[47] Lettre de Champigny au ministre, 14 septembre 1696. https://nouvelle-france.org/fra/Pages/item.aspx?IdNumber=16534&

[48] Chamballon 8 novembre 1696

[49] François de Gallifet sera gouverneur de Trois-Rivières, lieutenant du roi à Montréal, seigneur de Caffin, chevalier de Saint-Louis.

[50] Fille de Charles Aubert, Sieur de LaChesnaie et de Marie Angélique Denis.

[51] C’est-à-dire défricher.

[52] Sulte, Benjamin, Histoire des Canadiens Français, Montréal Wilson & Cie Éditeurs, 1882. p. 11

[53] Le nommé Jean Durand qui avait cosigné l’embauche des ouvriers n’est plus dans le portrait.

[54] Ce montant peut maintenant être clairement associé au 1800 livres de dettes qui apparaissent à l’inventaire des biens de 1698.

[55] Cette Louise Vaillancourt est d’une des filles de mon ancêtre Robert Vaillancourt de l’île d’Orléans. Pierre Dumas q originaire d’Agris en Angoulême reviendra sain et sauf de ce voyage. Il épousera Louise Vaillancourt le 3 novembre 1698. Le couple n’aura pas d’enfant. Cependant, Pierre Dumas aura un ENFANT NATUREL avec Marie-Anne Deligré (Fille de Jacques et de Catherine Gendreau) l’enfant, jean-François est né le 2 février 1712 à Deschambault. Il est décédé le 5 novembre 1717 à l’âge de 5 ans. Louise Vaillancourt épousera par la suite en 1721 Prisque Greslon.  Couple sans enfant.

[56] Jean Naquin, tailleur d’habit, est l’époux de Marguerite Bourg quand il achète une terre en Acadie près de Port Royal  le 10 mai 1700 (MSGCF Vol.5 n1 – janvier 1952). Il sera le voisin de Louis Allain.

[57] Voyage en flibuste signifiait voyage de corsaire. Les termes « flibustes » et « flibustiers » étaient les plus souvent utilisés dans les actes notariés.(Dechêne, Louise le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le régime français) Boréal)

[58] Lettre de Champigny au ministre Prise de la quaiche la Prospérité et du brigantin l’Aventure par John Outlaw, 27 octobre 1698, Archives nationales de France. https://nouvelle-france.org/eng/Pages/item.aspx?IdNumber=16643&

 

[59] Les Mines, site acadiens maintenant en Nouvelle-Écosse.

[60] Pour Villebon et pour Outlaw « servit » ici signifie poursuivre la guerre de course.

[61] Louis Gannes de Falaise était officier de garnison en Acadie depuis 1696. Il avait épousé Françoise Le Bloy en 1656 à Beaulieu-lès-Loches en Indre-et-Loire. Il était le fils de René de Gannes, gendarme d’une compagnie du roi.

[62] 26 août 1697

[63] Wikipédia  Stoughton est l’homme qui permit de nombreuses violations des règles habituelles de procédure durant les procès des sorcières de Salem.

[64] Archives du Maryland, Proceedings of the Council of Mayland, 1696/7-98, pages 216-217. Tiré de Carr, B.M. Our immigrand Ancestors, February 18, 2007 . https://docslib.org/our-immigrant-ancestors

[65] Journal de ce qui s’est passé depuis octobre 1697 Survey of Acadia in the latter Part of the 17th Century p. 109

[66] Embouchure d’une rivière située au nord de Boston.

[67] Rappelons que la guerre de la ligue d’Augsbourg oppose la France à une coalition (Espagne, Angleterre, Hollande, empire et États allemands).Le 2 mai 1697, les Français ont pris le port de Carthagène en Colombie.

[68] Guy Pillet (ou Pilet) dit Parisien originaire de la paroisse Notre-Dame évêché de Langres avait épousé Louis Minet à l’église Notre-Dame de Québec le 8 novembre 1694. (Source PRDH).

[69] Il était le fils de Laurent Duboct et de Marie-Félix OUENTOUEN ou ARONTIO, https://www.francogene.com/

[70] Lettre de Champigny au ministre Prise de la quaiche la Prospérité et du brigantin l’Aventure par John Outlaw, 27 octobre 1698, Archives nationales de France. https://nouvelle-france.org/eng/Pages/item.aspx?IdNumber=16643&

[71] Dans la lettre que M. de la Falaise avait remise à Villebon le 15 novembre 1697, Outlaw évoque la prise de ce Brigantin qui venait de faire escale à Boston en provenance de Caroline « chargé de blé, de maïs et de tabac »

[72] Inventaire des deux navires anglais pris par l’expédition du brigantin Le Frontenac

[73] Le nom de Bertrand Cousillant apparaît au rôle où son titre est contremaître.

[74] Jean Delguel dit Labrèche dont le nom figure au registre de l’équipage. Il est Identifié au rôle comme écrivain et commis aux vivres.

[75] Parmi ces papiers, on trouve un permis de navigation daté de 1697  accordé par John Hinckes président du conseil du New-Hampshire pour aller faire des provisions en Caroline du Nord ainsi qu’un permis celui-là accordé à John Turner  commandant du sloop L’Aventure pour le transport du bois, un document  émis par William Stoughton, lieutenant gouverneur du Massachussetts.

[76] Il était parrain de Marie Anne Françoise Badeau, fille de Jean Badeau et de Françoise Roy.

[77] Le connaissement est un contrat qui stipule les conditions du transport. Il précise les obligations du chargeur et du transporteur.

[78] Guy Pillet

[79] À son départ de Québec, le Frontenac était décrit comme un brigantin. Villebon parle de corvette, ici aussi le même terme de corvette est employé pour décrire le bâtiment.

[80] Ce qui signifie une chicane avec éclats de voix.

[81] Cinquante couronnes

[82] Biron, Pierre et Guité Caissy, Suzanne, Le procès de Louis Allain, un pionnier acadien oublié 1685-1737.

[83] Ibid

[84] Ibid

[85] Lettre du Sieur Gould adressé au lieutenant général de la prévôté de Québec 4 juillet 1698 (BANQ)

 

 

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