Mathurin Masta

Maçon et tailleur de pierres

Fils de Jacques Masta et de Marie Coutaud, Mathurin était originaire de Saint-Denis-la-Chevasse, évêché de Luçon en Vendée. En 1659, il se rend à La Rochelle avec son père.

Saint-Denis en Chevasse situé à une centaine kilomètres de La Rochelle

Père et le fils vont y rencontrer le notaire Demontreau avec lequel ils s’engagent officiellement à aller travailler à Montréal pour l’abbé Queylus au salaire de 70 livres par année chacun.

Montréal est alors un bourg en plein développement et on y réclame de façon impérative des experts dans les différents domaines de la construction.  Mathurin a appris de son père l’art de manier le marteau et de sceller les pierres. En ce jour du 8 juin 1659,  les deux Masta sont loin d’être les seuls à se présenter devant le notaire Demontreau. D’autres compagnons, tels André Bourget, Jean Coudart, Gilles de Veine ainsi que Jacques Mestivier, tous exerçant la même profession, signent des contrats au service des bâtisseurs de Montréal

Illustration de Francis Back

L’abbé Queylus qui les engage est  un sulpicien choisi par Jacques Olier de Verneuil, un des directeurs de la Société de Montréal à l’origine de la fondation de la ville.

Abbé Queylus

Les Sulpiciens deviendront seigneurs en 1663. Une des responsabilités de l’abbé Queylus consistait à organiser l’édification d’un séminaire sur la  rue Notre-Dame. Les prêtres étant alors logés sur la rue Saint-Paul comme on peut le voir sur cette carte de  François Dollier de Casson

Plan dessiné par Dollier de Casson en 1671

Les Masta, père et fils, s’embarquent donc à La Rochelle le 29 juin 1659 avec cette mission bien précise. Ils ignorent cependant que le bâtiment sur lequel ils vont traverser l’Atlantique, le Saint-André, a récemment servi de navire hôpital pour l’armée. N’ayant pas été désinfecté comme il se devait,  une terrible maladie ne tarda pas à se manifester à bord. Jean de Lafontaine évoquait ainsi  la terrible maladie dans une de ses fables :   «un mal qui répand la terreur, mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre, la peste puisqu’il faut l’appeler par son nom, capable d’enrichir en un jour l’Achéron (…) ». Sur le Saint-André, il semblerait qu’une majorité des passagers eut été contaminée. Au demeurant, huit à dix personnes succombent à l’affreuse maladie. Leurs corps furent jetés par-dessus bord.

Jacques Masta, le père de Mathurin fait partie des victimes. Mathurin âgé de 15 ans se retrouve ainsi seul face à son destin, voguant vers une terre inconnue. Au surplus, durant ce terrible voyage, il fallut affronter des tempêtes épouvantables, si bien que lorsque le Saint-André accosta à Québec, les Sœurs hospitalières durent accueillir et soigner de nombreux malades.

Arrivée à Montréal

Après toutes ces péripéties, Mathurin se doit maintenant d’honorer les engagements pris à La Rochelle auprès de l’abbé Queylus et des Sulpiciens.

La ville, durant ces années-là, est loin d’être un lieu paisible. Dollier de Casson  témoin de l’époque  raconte que «(…) les Iroquois, toujours acharnés contre Villemarie, attaquaient les colons, tantôt à force ouverte en fondant sur eux, tantôt en se cachant durant la nuit auprès des maisons, pour faire main basse sur ceux qui viendraient à franchir le seuil de leurs portes. (…). Les Iroquois dressèrent une multitude de fois de ces sortes d’embuscades nocturnes, à côté des maisons des particuliers; & c’était pour prévenir leurs surprises que M. de Maisonneuve avait ordonné, le 18 mars 1658, comme on l’a dit, que chacun se retirât, le soir, dans sa maison, dès que la cloche du Fort viendrait à sonner, & fermât aussitôt sa porte, avec défense de sortir la nuit, hors le cas d’une absolue nécessité.»[1]

Cela n’empêche pas les nouveaux habitants de travailler à bâtir la ville. Mathurin ne chôme pas. Les rudiments du métier de maçon et de tailleur de pierres transmis par son paternel lui seront d’une grande utilité. Il participa à la construction de la première résidence des Sulpiciens alors située sur la rue Saint-Paul, face à la Place royale (ce bâtiment a été détruit), un  chantier dura trois ans et impliqua à l’époque les principales forces vives de la construction de Ville-Marie, si bien que Jeanne Mance se plaindra un peu du fait que « les ouvriers étant occupés à la maison du séminaire de messieurs les prêtres ce qui luy estoit un grand obstacle » à la l’agrandissement de son hôpital.

Une fois le séminaire achevé,  Mathurin Masta mettra à profit ses compétences pour poursuivre  la construction de l’Hôtel-Dieu situé rue Saint-Paul, un peu plus à l’est.

Mariage

Entre 1663 et 1670, Louis XIV envoie les Filles du Roi pour contribuer au peuplement de la colonie. On a enfin  compris en métropole, l’impérieuse nécessité de peupler ce territoire d’Amérique. À Montréal, à Trois-Rivières, à Québec, soldats et hommes de métiers qui ne demandent qu’à rester, pourront ainsi s’installer et fonder des familles. Parmi celles-ci, sa future épouse, Antoinette Catherine  Éloy débarque à Montréal le 2 octobre 1665.

Nous somme le 14 décembre 1665, soit deux mois et demi après son arrivée, quand Mathurin et Antoinette Catherine, âgés tous les deux d’environ  21 ans, se présentent devant l’autel pour unir leurs destinées. C’est vraisemblablement dans la chapelle de bois de Notre-Dame du Bonsecours que la cérémonie est célébrée par le curé Gabriel Souart, un prêtre sulpicien nommé par l’abbé Queylus. 

Mariage de Mathurin Masta et d’Antoinette Catherine Éloy

Les époux sont tous deux orphelins de père et de mère. Parmi les témoins, on note la présence du marguillier Jean Gervaise,  du maître charpentier Gilbert Barbier dit le Minime, du maçon Urbain Brossard, et de François Bailly également membre de la confrérie des maçons. Ce dernier est arrivé tout comme Mathurin en 1659 à bord du Saint-André.

Domicile

Quelques mois après le mariage,  les Sulpiciens offrent au couple un terrain situé presqu’en face du séminaire, dans le quadrilatère des rues Saint-Jacques, Saint-François et la future Place d’Armes.

Au recensement de 1666, l’ancêtre possède deux emplacements de 35 sur 70 pieds et une  maison de 18 sur 16 pieds avec cheminée en pierre et four en terre  ainsi qu’une grange de 30 sur 22 pieds. Un petit lopin de terre lui permet de cultiver et faire paître une vache. Mathurin loue d’ailleurs cette bête à corne de Jacques Leber, connu encore de nos jours pour s’être enrichi grâce au commerce des fourrures.

L’année suivante, il possède deux arpents de terre en valeur.

C’est à Montréal que seront baptisés les quatre premiers enfants de la famille :

Marie Cunégonde le 11 février 1667.

Antoine, le 28 août 1669

Pierre, le 18 juillet 1672          

Toussaint, le 29 janvier 1675.

Cette année-là, un fort est construit à Pointe-aux-Trembles. Les Masta font partie des toutes premières familles à s’y installer. À cet endroit naîtront :

Marie Jeanne le 29 novembre 1677

Marguerite le 12 décembre 1680

Barbe, le 27 août 1683.

Les enfants participent aux travaux domestiques dans la mesure de leurs capacités et selon leur âge. Leur mère leur apprend sinon à lire du moins à signer leur nom. Mathurin continue d’exercer son métier. La maison près de la rue Saint-François appartient toujours à la famille, l’atelier de Mathurin s’y trouve encore. Le ménage possède également une terre de 30 arpents à la côte Sainte-Marie (quartier Ville-Marie), terre qu’il vendra au maître menuisier Pierre Devanchy en 1681.

Cette année-là, au recensement, il possède quatre bêtes à cornes et quatre arpents de terre en valeur, sans compter une autre terre de deux arpents située à l’île Sainte-Thérèse.

La grande faucheuse

C’était l’époque où la Providence envoyait plus souvent qu’à son tour des épreuves pour tester la foi des fidèles. Mathurin Masta dont la vie semblait avoir été plutôt tranquille depuis quelques années, allait bientôt devoir connaître de grandes peines.

Le malheur frappe une première fois un jour du mois d’août 1679 quand Antoine son fils aîné, âgé de 10 ans seulement,  meurt noyé dans le fleuve Saint-Laurent.

Huit ans plus tard, au début de l’année 1687 à Ville-Marie, les habitants sont particulièrement anxieux et cette fois ce n’est pas tant les attaques iroquoises qui alimentent les inquiétudes, mais la maladie. La petite colonie est aux prises avec le typhus, une épidémie qui tuera environ 150 personnes. Parmi ceux-ci, deux de ses filles, Jeanne âgée de 9 ans et Barbe 4 ans, sont emportées le même jour le 8 novembre 1687.

Moins d’un an plus tard, c’est Mathurin Masta lui-même, âgé de 44 ans seulement qui s’éteint, laissant dans le deuil, son épouse et quatre enfants âgés respectivement de 20, 15, 13 et 11 ans.

Il ne sera pas témoin de la bataille de la Coulée Grou qui aura lieu deux ans plus tard, en août 1690. Pierre Masta, son second fils, 18 ans y laissera sa vie.

Mathurin Masta est décédé le 1er mai 1688 à Pointe-aux-Trembles

Inscrits sous le nom de Marsetteau sur la liste des passagers du Saint-André , le nom de famille de Mathurin sera modifié dans les documents écrits le concernant à Montréal. En 1660, par exemple, il sera confirmé sous le nom de Marteau, puis le nom sera changé  sous la forme de Masta.

Ce métier de tailleur de pierres transmis probablement depuis plusieurs générations, pourrait être à l’origine de son patronyme.


[1] Dollier de Casson, Histoire de la colonie française en Canada, volume 3,  2e partie page 4, Éditions Villemarie, Bibliothèque paroissiale, 1866





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