Sur les traces de Marie Cunégonde Masta (2)

La veuve Dumay en procès

Protéger une jeune fille des enjôleurs de toutes sortes qui circulaient dans le Montréal du début du XVIIIe siècle ne devait pas être tâche facile. Ils devaient être bien galants et empressés ces nombreux soldats et artisans de passage en quête de repos et de plaisirs.  Les prêtres de Saint-Sulpice et les sœurs de la congrégation Notre-Dame, avaient beau faire des mises en garde, la fille cadette de Cunégonde, 18 ans, va bien vite se laisser séduire par un sergent originaire de Metz en Lorraine.

Marie Joseph Dambournay se retrouvera enceinte et elle met au monde une petite fille le 17 janvier 1716 . Le mariage avec le père de l’enfant aura lieu le  25 avril suivant. Par hasard, le nouveau gendre de Cunégonde  partage des traits communs avec Joseph Dambournay le second conjoint de Cunégonde, tous deux militaires de carrière et infatigables voyageurs.

Dans le registre, Marie Joseph Dambournay signe son nom complet tandis que son époux inscrit son surnom : Lorain

À peine est-il marié que Pierre Arnoux prépare son départ. Quatre jours après avoir signé le registre, il passe chez le notaire Lepailleur pour un emprunt auprès d’un marchand  spécialisé dans les avances sur salaire et la fourniture d’équipement pour les trafiquants de fourrures, Pierre Lestage.

Cautions pour son gendre

Dès cet été de 1716, les dettes du Lorrain viendront inquiéter notre ancêtre. En août, un huissier frappe à sa porte réclamant  20 livres qu’elle a cautionnées pour Pierre Arnoux auprès du marchand Pierre Nivard dit Saint-Dizier. Cunégonde n’en continuera pas moins à supporter son gendre financièrement allant jusqu’à mettre ses biens en garantie.

En 1718, Nicolas Lanouiller de Boisclerc, agent de la  Compagnie du Castor,est de passage à Montréal pour réclamer des sommes qui sont dues à son employeur. Le hasard veut qu’il loge chez Pierre Lestage.

Le 19 août, Lanouiller de Boisclerc déclare chez le notaire avoir en sa possession plusieurs billets prouvant que des «sommes considérables» sont dues à la Compagnie. Ces réclamations concernent le« Sieur de la Chauvignerie, officier des troupes du roi, Marie Cunégonde Masta , Bernard et Paul Dumouchelle ainsi que le Sieur de Catalogne».

Parmi ces emprunteurs, Marie Cunégonde Masta est en bonne compagnie.  Le Sieur Louis Maray de la Chauvignerie interprète en langues iroquoises a participé à des expéditions militaires contre les alliés des Anglais. Il fut prisonnier durant cinq ans chez les Onneiouts, une des cinq nations iroquoises. Libéré en 1694, il devint un truchement reconnu.

Dessin de Francis Back tiré du livre Les coureurs des bois, La saga des Indiens blancs sous la direction de Georges-Hébert Germain, édition Libre expression

Quant au  Sieur Gédéon de Catalogne, qui avait aussi fait carrière militaire, il  deviendra un cartographe réputé. Tout comme de la Chauvignerie, il avait combattu les Iroquois. Il relatera ses souvenirs dans le Recueil de ce qui s’est passé en Canada au sujet de la guerre tant des Anglais que des Iroquois. Catalogne y raconte notamment  la capture de La Chauvignerie au moment d’une tentative infructueuse de pacification auprès des Iroquois en 1690.

Les frères Dumouchel sont moins connus. On sait qu’ils avaient été interrogés quelques jours auparavant, pour avoir «vendu de la boisson aux Sauvages».

On ignore si tous ces emprunteurs ont dû rembourser et de quelle manière, mais les documents d’archives nous révèlent que, le 9 septembre 1718, une saisie est effectuée dans la maison de Cunégonde. Les riches marchands de fourrure vont se dédommager en faisant main basse sur les quelques biens que possède Cunégonde Masta.

Cabaretière

À cette époque à Ville-Marie, les moyens de subsistances se font rares et pour Cunégonde, les dettes s’accumulent. Elle doit se résigner, elle aussi, à vendre de l’alcool.  Clandestins ou pas, les cabarets sont florissants à Montréal. Des femmes seules, souvent veuves ou dont les maris sont partis dans les pays d’en-haut n’ont d’autres choix que se tourner vers ce moyen de subsistance. La boisson est en très forte demande chez les nombreux soldats, coureurs des bois et voyageurs. Les «Sauvages»en sont particulièrement friands même si le Conseil souverain a formellement interdit de leur en vendre.

Assignation à comparaître

Le lundi 11 mars 1719, Cunégonde reçoit de la part de l’huissier Petit une assignation à comparaître dans deux jours  devant François Marie Bouat. Elle est accusée d’avoir «vendu de l’eau de vie aux Sauvages».  Deux personnes ont témoigné contre elle : François Chambellan, orfèvre âgé de 35 ans et Martin Cirier, menuisier.

Chambellan  raconte être allé boire une roquille (1/8e de litre) d’eau de vie, avec Cirierchez «la veuve Dumais», il y a de cela trois ou quatre jours. Il explique « qu’il vit là trois Sauvages qui avaient une roquille d’eau de vie entre les deux jambes et que ladite Dumais les pria d’achever de boire et les mit dehors devant lui.» Son ami Cirier précise que les «Sauvages» en question ne semblaient pas «pris de boisson».

Quoiqu’il en soit, l’accusation est déposée et Cunégonde doit se présenter devant Bouat en la Chambre d’audience.

Scène de taverne (Anonyme)

Bouat

Mais qui est ce conseiller et lieutenant général du Roy François-Marie Bouat ? Possède-t-il la droiture et la probité requise pour juger ces concitoyens ? L’historien Jean Blain le décrit ainsi :

«Bouat est le type du fonctionnaire subalterne qui n’a aucun scrupule à mêler la fonction de juge à celle de marchand de fourrures. Fils de cabaretier, il s’adonne très jeune au commerce et est condamné en 1695 pour trafic d’alcool. Jusqu’en 1709, il paraît avoir parcouru les grandes routes de la traite, notamment celles des pays d’en haut et de la haute Louisiane (…). Passé en France en 1715, à la suite de la mort de Deschambault, Bouat réussit à y décrocher le poste de lieutenant général pour lequel il reçoit commission le 27 avril 1716. Il exercera ses fonctions de juge royal jusqu’à sa mort. Bouat n’en négligea pas pour autant ses intérêts dans le commerce, ce goût prononcé pour le trafic lui valut d’être suspendu de ses fonctions et condamné à un mois de prison par un conseil de guerre, en 1718, alors que contrevenant aux ordres de Rigaud de Vaudreuil il avait équipé trois canots au lieu de deux, qu’il destinait à Alphonse Tonty, commandant à Détroit.»

Cet homme est maintenant est chargé de juger la prédendue faute de «la veuve  Dumay», comme on continue de l’appeler, bien que sont mari Jean-Baptiste Demers soit décédé depuis plus de 30 ans et qu’elle s’est remariée depuis, maintenant veuve de Joseph Dambournay.

Qui sont les témoins ?

L’orfèvre François Chambellan, est arrivé depuis deux ans de Paris où il a fait l’apprentissage de son art. Cependant, selon Robert Derome, professeur honoraire d’histoire de l’art, peu d’œuvres de cet artisan ont été conservées. Son atelier d’argenterie était situé à Québec mais il faisait de fréquents séjours à Montréal. Chambellan aurait contribué à former quelques orfèvres en Nouvelle-France.

Né à Argenteuil non loin de Paris Martin Cirier était, pour sa part, plus qu’un simple menuisier. Il travaillait le bois. D’ailleurs, son fils Antoine deviendra un sculpteur réputé participant à la décoration de nombreuses églises.

La comparution

À la suite du témoignage de ces deux artistes, la chambre d’audience convoque «la veuve Dumay». Le lieu de justice et la prison sont situés à deux pas de chez elle sur le même côté de la rue Notre-Dame, un peu plus à l’est.

Partie d’une carte de Montréal en 1723 réalisée par Gédéon de Catalogne

Comme convenu, elle se présente à 10 heures du matin. On lui fait prêter serment de dire toute la vérité et on lui demande de décliner son identité. Elle déclare être âgée de 52 ans et agir occasionnellement comme cabaretière avec permis.

«Interrogée si elle n’a pas vendu de l’eau de vie à quelque Sauvage Iroquois et dans quel temps, a dit non, qu’elle n’en avait point vendu et qu’elle n’en vend point, qu’il y a environ huit jours que M. de la Chauvignerie lui envoya son fils lui dire de la part de son père de donner une roquille d’eau de vie à trois Sauvages qu’il avait amené avec lui  et qu’elle leur a donné effectivement une roquille d’eau de vie à ces trois Sauvages.

Interrogée combien est-ce que les dits Sauvages lui ont donné pour les dites roquilles d’eau de vie, elle dit qu’elle n’en a rien reçu et que M. de la Chauvignerie lui envoya dire qu’il lui paierait et qu’elle n’en est pas encore payée, et qu’aussitôt que les dits Sauvages eurent bu chacun un coup d’eau de vie, ils s’en furent.

Tiré du livre Bacchus en Nouvelle-France de Christine Ferland (Éditions Septentrion)

Interrogée de nous nommer les trois Sauvages qui ont bu la dite roquille d’eau de vie et d’où ils sont, a dit qu’ils se nommaient Jounourion(4), Sire et Joseph, tous les trois du Saul-au-Récollet.

Interrogée si elle ne sait pas qu’il est défendu, suivant les ordonnances, de vendre de l’eau de vie aux Sauvages

A dit que oui, elle sait bien qu’il est défendu de vendre de l’eau de vie aux Sauvages et qu’elle n’en aurait pas donné si ce n’avait pas été par ordre de M. de La Chauvignerie qui est interprète des Sauvages, qui même lui a dit qu’il en faisait donner quelques coups aux Sauvages par ordre de M. le Gouverneur, et que le dit Seigneur de la Chauvignerie lui a dit, depuis qu’elle est accusée  qu’elle n’eut rien à craindre qu’il avait donné ordre d’en faire donner aux  Sauvages et qu’elle ne doit pas être reprise, comme ceux à qui on en a fait donner par ordre. Et qu’elle n’en donnera jamais qu’elle n’en ait un ordre, étant la première fois qu’elle en a donné.»

À la suite de cet interrogatoire,  M. de la Chauvignerie devait être questionné. L’accusée, de son côté, devra présenter la soumission (permission) qu’elle a dit posséder pour débiter de la boisson.

Épilogue de cette péripétie

Le témoignage de Cunégonde nous laisse croire qu’elle connaissait bien les trois «Sauvages» en question. Visitaient-ils ce jour là  le cabaret de la «veuve Demers» pour la première fois ? La demande venait, selon toutes vraisemblances, de M. de la Chauvignerie. Nous savons que cet interprète entretenait depuis longtemps  de bonnes relations avec les Iroquois ayant vécu parmi eux comme prisonnier mais aussi comme «fils adoptif» selon la coutume en usage pour certains captifs.

Il semble que l’affaire en soit restée là sans  plus de conséquences, du moins les archives restent-elles  muettes sur la suite des événements. On ne mentionne aucune sentence. L’interrogatoire de M. de La Chauvignerie n’a pas été retrouvé mais on peut imaginer que par son statut et sa réputation, il a su convaincre M. Bouat et ainsi protéger «la veuve Masta »

L’interdiction de servir de l’alcool aux Amérindiens ne datait pas d’hier. Impossible de ne pas connaître cette ordonnance. Assez rapidement, les religieux avaient constaté  l’attrait  immodéré des Amérindiens pour les boissons enivrantes et les dommages considérables que cela causait.  Dans les villes, il était très difficile de faire appliquer cette restriction, c’est pourquoi à Montréal en 1677  les Sulpiciens avaient fait construire un peu à l’extérieur de Ville-Marie la mission du Fort de la Montagne où résidaient Hurons et Iroquois chrétiens. Des vestiges de ce fort sont encore visibles. Il reste deux tours sur le site de l’actuel Grand séminaire de Montréal.

Une des tours encore intacte du Fort de la montagne

Après quelque temps, ce lieu sera encore jugé trop proche de la ville. Le missionnaire François Vachon de Belmont  fait alors construire le Fort Lorette vers 1695 au  Sault-au-Récollet non loin de la Rivière des Prairie. Jounourion, Sire et Joseph, les trois Iroquois à qui notre ancêtre avait servi de l’alcool étaient domiciliés à cet endroit. On peut constater que la distance cependant n’a pas été un obstacle pour le trio en question, ni d’ailleurs pour plusieurs de le leur compagnons quand il s’agissait d’alcool.

Fort Lorette et Fort de la Montagne (carte de 1834)

Arnoux réclame son épouse

Rappelons que les rapports entre le Lorrain et sa belle-mère avaient plutôt mal commencé. Cunégonde n’avait-elle pas appris que sa fille était devenue enceinte hors mariage ? Elle avait ensuite eu l’occasion de regretter s’être porté caution pour les dettes de l’époux de sa fille. Cette fois-ci, elle se retrouve aux audiences pour une autre affaire qui concerne son gendre.

En 1720, Pierre Arnoux est de retour à Montréal après un voyage dans les Pays d’en-haut. Étonamment, il loge chez le sergent Pierre Bigot dit La Giroflée alors que sa femme demeure chez sa mère rue Saint-François.

  Le 29 janvier il se présente devant le lieutenant général de la juridiction de Montréal. Il dit avoir« été occupé pour le service du Roy dans le pays des Outaouais» et que pendant ce temps, son épouse «a toujours voulu se soustraire à son devoir», il ajoute qu’«il a employé tous les moyens pour la ramener à la raison sans pouvoir réussir et ayant reconnu que ces égarements ne provenaient que des mauvais conseils de la dite Masta, sa belle-mère en la maison de laquelle elle a toujours voulu demeurer…»

Pierre Arnoux se plaint également que la mère et la fille lui ont pris ses meubles et il réclame ce qui lui appartient d’autant plus qu’il est «sur le point de son départ pour faire son établissement à Québec.»

Sa femme communément appelée la Dambournay va cependant tarder à obtempérer. En tout cas, elle ne suit immédiatement pas son mari à Québec car elle est encore à Montréal le 8 juin 1720.

Une vente d’eau de vie qui dégénère

Ce jour-là, la Dambournayest accusée avec sa mère et un dénommé Jacques Héry Duplanty, d’avoir vendu de l’eau-de-vie aux Sauvages. Mais cette fois-ci les autorités prendront l’affaire plus au sérieux. En effet, la boisson a provoqué une bagarre entre Amérindiens et l’un d’eux a été blessé. Les événements se sont produits durant la nuit du 7 au 8 juin 1720.

Un Iroquois ainsi que Cunégonde et sa fille sont incarcéré sur le champ. La comparution a lieu dès le lendemain.

8 heures du matin le samedi 8 juin 1720 : témoignage de l’Iroquois

Pierre Raimbault,  conseiller du Roy et son procureur au siège de la juridiction royale de Montréal se rend à la prison pour rencontrer l’agresseur «un Sauvage iroquois de nation de la mission de la Nouvelle-Lorette au Sault-au-Récollet en cette île» emprisonné pour avoir,  avec deux de ses neveux, assommé à coup de pierre un Abénakis.

Comme l’Iroquois ne parle pas le français, on fait appel encore une fois à Louis Maray, sieur de la Chauvignerie.

Nommé d’office, le truchement interprète les paroles de l’accusé, ceci après lui avoir fait lever la main, lui avoir fait promettre devant Dieu de dire la vérité, puis lui avoir fait baisser la main, comme le note minutieusement  le greffier Jacques David.

Le sieur Raimbault demande d’abord à l’Iroquois de décliner ses nom, surnom, âge qualité, demeure et lieu de sa naissance.

Le sieur de La Chauvignerie traduit : «Il s’appelle Ignace Gaientarongouan, Iroquois de nation, natif de la Montagne lorsque la mission y était, demeurant è présent au Sault-au-Récollet et qu’il est âgé de 32 ou 33 ans

Version des faits selon Gaientarongouan

Puis le Sieur de la Chauvignerie raconte que « le dit Sauvage a bu avec cinq autres Sauvages, tous de la mission du Sault, au nombre desquels étaient deux de ses neveux, l’un nommé Grégoire Tanaron et l’autre Thomas Tonanazianchon

Interrogé sur l’eau-de-vie qu’il a bu, l’interprète dit «qu’ils burent d’abord une pinte d’eau-de-vie chez la veuve Dumay , demeurant dans le Carrefour d’en haut de la rue Saint-François, sur la rue Notre-Dame proche du séminaire, pour quarante sols à dix sols le demiard, qu’étant sortis de là ils allèrent boire trois pintes de vin chez Duplanty, faiseur de barils, avec bien d’autres Sauvages qui s’y trouvaient. En sorte qu’ils ne burent que chacun un coup et que,  de là ils retournèrent chez la dite Dumay où se trouva Skenoton (Oskenonton signifie Chevreuil en langue mohawk (Iroquois), Sauvage du Sault Saint-Louis qu’ils invitèrent à boire avec eux et qu’ils burent entre eux sept, quatre demiards dont deux furent payer par ledit Skenoton, et deux autres par un Renard, esclave adopté dans leur village du Sault».

Ignace Gaientarongouan raconte que lorsqu’il est rentré la première fois de la soirée chez la dite Dumay, ses neveux y étaient déjà, ils avaient commencé à boire et avaient obtenu consommation en échange  de deux castors. Puis Skenoton et ses neveux décideront  de quitter parce que Cunégonde leur refusait d’échanger une vieille eau contre la même quantité de boisson neuve.

Cette «eau vieux» leur aurait été donnée contre du castor par St-Germain l’armurier qui habitait près de chez le Sieur de Repentigny. Mentionnons en passant qu’il s’agit de François Lamoureux dit St-Germain qui sera lui-même accusé de vente d’eau-de-vie aux Sauvages en juillet 1726. Il est le fils de Pierre Lamoureux dit St-Germain et de Marguerite Pigarouiche.

Récit de la bagarre

Pendant l’absence des neveux partis pour échanger cette vieille eau. Ignace raconte qu’il était resté rue Saint-François. Cependant, ayant trouvé le temps long, il a décidé d’aller au devant d’eux. Chemin faisant, il rencontre une femme de son village qui lui dit avoir vu les dits neveux «faire le tour du côté de la porte de la Chine ce qui lui fit croire que c’était pour retourner le joindre sans être vus chez la dite Dumay»

Ignace retourne donc sur ses pas «du côté de la porte de la Montagne proche le cimetière et en arrivant à la porte il y rencontre ses deux neveux qui y arrivaient par le dehors de la ville, lesquels étaient tous nus et lui ont dit que trois Abénakis les auraient battus et qu’ils s’étaient dépouillés pour être mieux en état de se battre.» ils lui demandent de les accompagner «pour être en pareil nombre que les Abénaquis».

En bleu : porte de la Chine (Lachine). En vert : porte de la Montagne. En rouge : maison de Cunégonde

Ignace se rappelle alors avoir justement croisé un Abénakis qui lui avait demandé où étaient les  gens du Sault-au-Récollet. Puis, les voilà finalement  face à face avec  l’Abénaquis  en question, lequel est accompagné de sa femme et de son enfant, ce qui  constitue le trio dont lui parlait ses neveux.

 Ignace ajoute qu’«Il alla avec ses neveux les trouver et, en les abordant, il donna un coup de poing à un des Abénakis qui tomba du coup à ses pieds et l’aîné de ses neveux en frappa un autre et qu’en voulant les empêcher de frapper et pour écarter ses neveux, il reçut un coup sur les bras et  il croit que ce fut avec une pierre, à cause du grand bruit que le coup fit et il (l’aîné) lui en donna au nombre de quatre à ce que son neveu lui a dit; et que son cadet lui donna aussi plusieurs coups et voulait aussi donner sur sa femme et l’enfant» mais Ignace ayant vu que celui «qui était tombé en premier était bien blessé et perdait beaucoup de sang. Il a empêché son neveu de continuer  de frapper la dite femme, en leur disant que c’était assez et que cette femme ne devait pas être maltraitée en n’ayant pas pris part à la querelle et aux coups et que ses neveux se retirèrent et allèrent prendre leurs commissions qu’ils auraient donné à garder à des Sauvagesses vis-à-vis de la maison de Couagne. Lui (…) étant retourné sur ses pas pour prendre sa couverte qu’il y avait laissée pour se battre.» C’est à ce moment-là qu’«il fut arrêté par l’officier et gardé

Après avoir fait  lecture de sa déclaration, le document est signé par le procureur  Raimbault, le greffier David et l’interprète La Chauvignerie qui certifie ce faisant avoir bien rapporté les parole d’Ignace Gaientarongouan, lequel déclare ne pas savoir signer.

10 heures du matin : suite du témoignage

Ramené en prison Ignace est revu à 10 heures pour relecture et confirmation de son témoignage rédigé par le greffier.  Ignace précise alors que «la dite Dumay qui leur donnait à boire voulut sur la fin cesser, en disant qu’ils en avaient assez, mais que sa fille continua de leur en donner malgré elle, lui ayant arraché des mains de sa mère la bouteille pour leur en donner, et que la bouteille qui est d’environ un pot, était dans le dressoir où se met la vaisselle

11 heures 30 du matin :  témoignage de Marie Joseph Dambournay, la fille de Cunégonde

Il s’agit maintenant de savoir si Cunégonde Masta et sa fille sont responsables de l’état d’ivresse des Amérindiens.  Le procureur Raimbault cherche donc à obtenir la version de Marie Joseph Dambournay. Interrogée sur ses noms, âge, qualité, elle déclare avoir 23 ans et être l’épouse de Lorrain (Pierre Arnoux) sergent présentement à Québec. Elle loge toujours à ce moment chez sa mère.

Il n’est pas étonnant de voir que son récit diffère de celui de Gaientarongouan. D’abord, elle prétend que la dernière fois qu’elle a vu Skenoton, c’était il y a cinq jours et qu’il était hors de la ville, alors que Gaientarongouan le compte parmi les personnes présentes sur la rue Saint-François. Ce détail qui n’apparaît pas déterminant dans la présente cause  a peut-être son importance pour le conseiller du roi. On peut imaginer que Skenoton est bien connu de Raimbault pour avoir commis d’autres délits sous l’emprise de l’alcool.

Ensuite, concernant les neveux d’Ignace, elle admet qu’ils avaient apporté du castor vers deux heures de l’après-midi, affirme qu’elle était seule à la maison à ce moment-là, sa mère étant partie laver une robe de chambre à la rivière, précisant qu’elle a été absente fort longtemps et qu’elle ne saurait dire à quelle heure elle est revenue. Vérifiant si la fille n’essaie pas  de disculper sa mère, Raimbault lui demande s’il y avait des «Sauvages» pendant que sa mère s’y trouvait. Marie Joseph répond que le fils de Jean-Baptiste Sourdeau et sa femme ainsi qu’un nommé Robert, esclave Renard ont été à la maison en même temps que sa mère

Indien nation des Renards (Massika)

Marie Joseph confesse avoir servi une pinte de cidre et prétend qu’ils ne le trouvèrent pas bon, ils auraient demandé du vin, mais qu’«ils n’en eurent point car il n’y avait pas de vin chez eux

Le procureur du Roy, reprenant les allégations de Gaientarongouan, demande alors «si elles leur donnèrent pas quatre demiards d’eau de vie la première fois et si elle ne prit pas la bouteille des mains de sa mère pour en donner à la fin aux dits Sauvages, sa dite mère refusant de leur en donner parce qu’ils avaient trop bu

 Marie Joseph réfute catégoriquement ces affirmations, déclarant même  qu’il n’y aurait point d’eau-de-vie chez elles… tout en se contredisant du même souffle car elle ajoute «qu’elles n’en ont que bouteille à bouteille qu’ils vont chercher en ville pour débiter aux Français et que sa mère la sert dans son coffre quand elle sort.». Elle explique «qu’elle n’en alla chercher  qu’une fois hier au soir après la retraite battue (tombée de la nuit ?) et qu’elle l’alla quérir chez la femme Fontblanche.».

Autre discordance

Pierre Raimbault s’intéresse aussi au nombre de castors que les neveux ont échangé. À ce sujet, la réponse de la Dambournay est plutôt vague : «un ou deux qu’elles eurent pour des omelettes que sa mère leur a données».

Quant au cidre qu’ils ont bu, sa mère en a reçu la somme de 15 sols. Enfin concernant le paiement pour l’eau-de-vie ? À cette question la jeune femme répète qu’elle «n’en ont point donné.»

Douze heures du matin : témoignage de Cunégonde Masta dite la veuve Dumay (Demers)

«A dit se nommer Marie Cunégonde Masta, veuve de Jean-Baptiste Dumay, âgée de cinquante-trois ans, demeurant en sa maison en cette  ville au carrefour de la rue Saint-François et de la rue Notre-Dame; sans aucune occupation que celle de donner à manger aux Sauvages du pays des œufs et quelques fois du cidre».

Notons que Cunégonde Masta se présente elle-même comme la veuve de son premier mari, taisant ainsi avoir été mariée avec Joseph Dambournay. Son occupation consisterait à nourrir ceux qu’on appelait «les Sauvages», ce qui implique non seulement le manger, mais aussi le boire. Elle ajoute que le cidre n’étant que légèrement alcoolisé, il n’entre sûrement pas dans la catégorie «eau-de-vie».

Elle déclare ne pas avoir vu la veille Ignace Gaientarongouan, ni ses neveux, enfants de Matagarouche, Sauvages du Sault-au-Récollet. Cependant, elle signale que sa fille lui a raconté  que les neveux en question lui avaient apporté du castor puis qu’après, ils avaient tout rapporté dans la Basse-Ville.

Au sujet de Skenoton du Sault-Saint-Louis, elle ne l’a pas vu chez elle, mais à la Basse-Ville il y a déjà deux jours. Il lui avait  alors demandé à manger. Quant aux neveux d’Ignace elle confirme les dires de sa fille, elle était partie  faire un lavage à la rivière au moment de leur venue, elle est revenue vers 4 heures et demi. Elle dit aussi que de cette heure jusqu’à la nuit close aucun Sauvage n’est venu chez elle. Ce qui contredit la version d’Ignace Gaientarongouan et aussi celle de sa fille.

On apprend que l’Abénakis qui a été blessé était venu chez elle le matin pour la voir. Il était accompagné de sa femme et de son enfant.

Enfin, Cunégonde nie catégoriquement avoir vendu de l’eau-de-vie à Ignace Gaientarongouan ou aux cinq autres qui l’accompagnaient. Il est aussi question de la bouteille dont a parlé sa fille. Qu’en est-il de la bouteille d’eau de vie mentionné par sa fille ? Cunégonde confirme l’existence de cette unique bouteille «qu’elle ne va en quérir qu’une pinte à la fois, qui dure quelquefois un ou deux jours à débiter, quelques fois plus longtemps, et que sa fille n’en alla quérir qu’une pinte hier, qui est encore dans la bouteille»

Une heure de l’après-midi – Confrontation entre Ignace Gaientarongouan et Marie Cunégonde Masta.

Cette fois, la relecture du témoignage de l’Iroquois se fait en présence de la veuve Dumay qui s’oppose avec véhémence aux déclarations de l’autochtone. Face à son attitude Ignace réplique de la manière suivante: «Comment ? Tu as fait serment et tu mens? Tu dis que tu ne m’as pas donné de l’eau-de-vie et tu nous en as donné huit demiards. Il est vrai que, en passant la première fois, tu n’y étais pas, mais quand j’allâmes boire tu y étais, et quand nous eûmes bu et que tu as vu la pièce qui ne valait pas trois livres, on a dû aller en quérir au plus vite une autre et de revenir, et que c’est elle-même qui leur a dit, que c’est elle-même qui reçoit l’argent et non pas sa fille qui dit toujours qu’elle n’est pas maîtresse de l’argent.»

Deux heures de l’après-midi – Confrontation entre Ignace Gaientarongouan et Marie Joseph Dambournay

Marie Joseph Dambournay s’inscrit également en faux contre les affirmations d’Ignace. Elle explique n’avoir donné qu’une bouteille de cidre à ses neveux et « qu’il est seulement vrai qu’elle l’a vu passé avec ses neveux lorsqu’ils se furent battu».

Ignace dit qu’il est allé pour la première fois chez la dite Dumay à l’heure où les soldats montent la garde, et que la mère et la fille étaient présentes.  Marie-Joseph, de son côté maintient que ni sa mère, ni elle, ne lui donnèrent à boire. Elle a donné du cidre aux neveux après le retour de sa mère. Ignace n’ayant point bu avec eux, il voulait plutôt boire du vin et, face au refus qu’elles en firent, ils s’en alla à la basse ville.

Trois heures de l’après-midi : interrogatoire de Jacques Héry dit Duplanty

Pierre Raimbault, le conseiller du Roy et son procureur au siège de la juridiction royale de Montréal, rencontre ensuite en prison Jacques Héry Duplanty qui «s’est rendu volontairement prisonnier sur l’avis qu’il a eu de notre décret du jour, auquel nous avons fait faire serment de dire la vérité». Duplanty déclare âtre âgé de 55 ans. C’est lui qui a été désigné par l’Iroquois comme le faiseur de barils où ils «allèrent boire trois pintes de vin (…) avec bien d’autres Sauvages qui s’y trouvaient ».

Duplanty, Profession tonnelier

La question suivante est donc posée à Duplanty : A-t-il oui ou non donné du vin à ces gens-là ?

Il répond  « qu’ils étaient cinq ou six, du nombre desquels était aussi Skenoton, autant qu’il peut s’en souvenir, auxquels sa femme donna une bouteille ou deux (ne sait pas précisément) de vin de raisins du pays, fait avec de l’eau, qu’il a eu de la femme du Sieur de Constiguy, sergent des troupes demeurant au Cap Saint-Michel et de la fille du Sieur Bourdon de Boucherville, auxquels nous pouvons nous en informer, ce qu’il croit n’être pas défendu, cette boisson étant faite avec de l’eau et que les dits Sauvages ne la trouvaient pas bonne parce que ça ne les échauffaient pas, ils s’en allèrent en disant qu’ils allaient boire de l’eau de vie

Interrogé sur temps qu’ils passèrent chez eux, Héry Duplanty assure qu’ils arrivèrent entre cinq heures et six heures du soir et «qu’ils ne restèrent pas un quart d’heures et que Fleur d’Épée et sa femme les virent au moment qu’ils en sortirent et qu’ils n’étaient aucunement gâtés, paraissant pas qu’ils aient bu

Jean Cotton dit Fleur d’épée est un coureur des bois accompli habitué de la traite des fourrures. Il fait régulièrement des voyages en Outaouais.  C’est lui a conseillé à Duplanty  de se présenter à la prison  pour se défendre afin de régler l’affaire rapidement afin de ne pas être retardés. Ils sont à «la veille d’un départ pour aller dans le lac Huron aux environs de Michilimakinac» .

È la fin, Héry Duplanty n’hésite pas à laisser planer le doute sur la veuve Dumay affirmant qu’au sortir de chez lui les dits Sauvages se dirigeaient vers le carrefour de la rue Saint-François.

Cinq heures de l’après-midi : Confrontation entre la mère et la fille

Après lecture des témoignages de la mère et de la fille, le procureur demande si des changements doivent être apportés et si des corrections ou des objections doivent être faites.  À ce moment, Cunégonde Masta, contredit ouvertement sa fille en maintenant ses affirmations selon lesquelles «elle n’a point vu les dits Sauvages que cite la dite Dambournay et n’a point reçu de castor, qu’elle ne sache point avoir reçu 15 sols des Sauvages ». Sa fille réplique «que sa mère a reçu les quinze sols par ses mains, mais qu’elle ne sait pas si elle lui a dit d’où ils provenaient, qu’il lui semble bien pourtant lui avoir dit, et que le castor donné en paiement par a finalement été livré par elle à Robert Langlois et qu’il pesait deux livres et demi.

Peau de castor

Trier le vrai du faux

Difficile d’ y voir clair dans cet embrouillamini de dépositions contradictoires, chacun essayant du mieux qu’il peut de se dédouaner.

D’une part, les raisons du tabassage entre les Indiens  restent plutôt floues. S’agit-il de vielles rancœurs entre Iroquois et Abénakis ou d’une chicane personnelle ? Nous ne le saurons jamais. Le procureur lui-même ne semble pas intéressé par la question. La culpabilité de celui qui a frappé ne fait pas partie de ses préoccupations.

D’autre part, on cherche plutôt les coupables du côté de ceux qui ont pu fournir la boisson aux Amérindiens. À la lumière des différents témoignages, il est vraisemblable que les neveux d’Ignace Gaientarongouan aient obtenu une partie de leur eau-de-vie chez Duplanty et aussi de la part de la Dambournay en échange de peaux de castor pesant deux livres, des fourrures qui ont été échangées pour de l’argent. Les transactions ont-elles pu être faites en l’absence de notre aïeule et sans que celle-ci en soit informée ? Les interrogations demeurent.

La suite pour Cunégonde

Le lendemain, 9 juin 1720,  Marie Cunégonde Masta, communément appelée « la veuve Dumay », est toujours en prison mais sa santé est au plus mal. À la suite d’une réquisition du Sieur de la Ferté, concierge des prisons de Ville-Marie,  le chirurgien Benoist  vient lui rendre visite.

En cette année de 1721, le chirurgien Joseph Benoist  est âgé de 49 ans. Il agit comme médecin, un  titre qu’il a reçu du roi Louis XV lui- même malgré qu’il ne possède pas de diplôme en médecine. Ses 20 ans en France à accompagner les armées françaises comme chirurgien militaire lui ont certes valu cette nomination. Mentionnons en passant qu’il fut capturé en mer par un navire ennemi, en traversant l’Atlantique pour la Nouvelle-France, incident qui a retardé d’un an son arrivée dans la colonie.

Depuis 1714, il est rattaché à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Après avoir examiné Cunégonde, il fait le rapport suivant  :

 « Je me suis transporté dans la prison vieille où j’ai vu et visité la veuve Dumay prisonnière,  à laquelle j’ai trouvé de la fièvre considérablement en compagnie de vapeurs, n’étant pas un lieu commode pour lui administrer les remèdes convenables. Et qu’il serait besoin qu’elle fut dans une maison particulière pour la soigner, l’hôpital ne voulant point recevoir des personnes travaillées de cette maladie.»

Parce que les anciennes geôles étaient insalubres, de nouvelles cellules ont été construites précisément à cette époque, soit entre 1717 et 1721 à Montréal . Ici, le médecin précise que la malade se trouvait dans la «prison vieille», la nouvelle n’étant peut-être pas achevée ou déjà occupée. On peut se demander quelle est cette maladie que craint tant l’hôpital. A-t-on peur de la contagion ? Heureusement, ce jour même, son fils Jean-Baptiste Demers arrive de Pointe-aux-trembles.  Devant Michel Lepailleur, substitut du procureur, il vient porter caution pour sa mère. La malade pourra donc sortir et se faire soigner dans une maison située au 16, rue Notre-Dame chez un nommé Jolicœur. Il est bien précisé toutefois qu’elle devra répondre de ses accusations une fois guérie.

Que s’est-il passé ensuite ? Les archives restent muettes à ce sujet. L’affaire a-t-elle été oubliée ? Possible. Cunégonde s’est-elle remise de cette mystérieuse maladie ? Ce malaise a-t-il servi de prétexte pour la faire sortir de prison ? On n’en sait rien. Par contre on apprendra son décès deux ans plus tard, le 29 janvier 1723. Elle avait 55 ans.

 Jacques Héry

Au lendemain des interrogatoires, Jacques Héry dit Duplanty est libéré  avec promesse de se présenter à toute assignation qui lui sera donnée et, ce faisant, il doit élire domicile en sa maison située au 16, rue Neuve Saint-Louis. A-t-il pour autant dû renoncer à son voyage dans les Outaouais? Fort probablement pas.

  Il sera à nouveau accusé d’avoir vendu de la boisson aux Sauvages trois ans plus tard. Cette fois, il  invoquera pour sa défense ses responsabilités de soutien de famille avec neuf enfants à faire vivre. Hélas pour lui, il sera tout de même condamné à payer 50 livres d’amende, ce qui représente une somme importante. Cela ne l’empêchera pas de récidiver.

Marie Josephe Dambournay

Marie Joseph devra séjourner encore un mois en détention avant que son mari Pierre Arnoux vienne à sa rescousse.  

Personne dans la famille Demers est venu lui porter secours. Quant à l’époux de Marie Josephe il a  mis bien du temps avant de porter caution pour son épouse ?  Il est vrai que le Lorrain habitait alors à Québec. Peut-être que les informations  concernant les déconvenues de sa femme ont pris du temps à lui parvenir. Aussi, pour se rendre à Montréal, il fallait ramer à contre courant du fleuve, et peut-être de sa bonne volonté. 

Marie Josephe sort donc aussi sous condition. Elle doit de se tenir à disposition de la justice  dans la maison de sa mère où son époux a dû finalement élire domicile. Temporairement, il va sans dire.On a sans doute jugé que la Dambournay avait suffisamment payé après avoir été incarcérée durant un mois. En novembre 1721, soit un an et demi après les événements, on apprend qu’elle vit à Québec où elle a mis au monde un enfant.

Pierre Arnoux, l’infatigable voyageur, n’est pas libéré de ses nombreuses dettes. De 1715 à 1717, il s’était présenté au moins à cinq  reprises devant le notaire Lepailleur de La Ferté pour signer des documents d’obligation de remboursement envers Pierre Lestage. Le marchand montréalais finira, par mettre la main sur la maison de la rue Saint-François.

Ainsi Marie Joseph Dambournay dut se départir du précieux héritage que lui avait légué sa mère.

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Sources

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Un commentaire de “Sur les traces de Marie Cunégonde Masta (2)”

  1. Alexis

    Quelle saga… Ça me rappelle quand je travaillais au musée du Sault-au-Récollet et qu’on parlait du fameux « Chemin des Sauvages » qu’empruntaient les Amérindiens du fort pour se rendre en ville faire bamboche. Je ne savais pas qu’une de mes ancêtres était de la partie… J’ai en effet de la difficulté à croire les témoignages contradictoires de la mère et la fille. Elles avaient trop intérêt à mentir. Merci Marie pour cette autre page d’histoire de nos ancêtres qui nous montre encore une fois que les belles dames du temps jadis savaient se débrouiller dans des conditions extrêmes.


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