Affaires judiciaires (1)

Interlude

Affronts à la religion

À l’époque de la Nouvelle-France, État et religion étaient intimement liés. Le pouvoir judiciaire jugeait  sans problème des affaires religieuses et punissait ceux qui avaient causés quelque affront à la religion catholique.

Le blasphème, par exemple,  était sévèrement puni. En France,  le Roi avait décrété qu’après plusieurs récidives  le mal embouché pouvait se  faire couper la lèvre supérieure ou même la langue. Pendant ce temps  dans la colonie, certains ont dû payer cher pour avoir juré, tandis que d’autres ont été puni pour avoir trop fermé la bouche.

Un de nos ancêtres côté Vaillancourt, René Cuillerier, sa femme Marie Lucault et trois autres personnes ont été condamné en 1695   «chacun à 60 sous d’amende pour avoir entendu  des blasphèmes et ne pas les avoir déclaré à la police ». Le blasphémateur, un dénommé André de Chaunes lui, a dû payer 15 livres pour avoir blasphémé le Saint-Nom de Jésus.[1]

En 1663, un autre de nos ancêtres, côté Lapierre, Jean Leduc avait pour quelque obscure raison osé travailler le dimanche!  Il  sera dénoncé en ces termes  par le premier curé de Montréal  Gabriel  Souart : «contre l’exprès commandement de Dieu et de la Sainte Église  et sans notre permission fait travailler ses bœufs et ses charriaux, scandaleusement, et à la vue de beaucoup de personnes… ». Il sera condamné à payer 10 livres d’amende à l’église et il sera menacé de payer encore plus cher en cas de récidive. [2]

Quelques mois plus tard Jean Leduc  sera tout de même  choisi comme marguillier par les paroissiens et en 1664 élu avec quatre autres notables comme juge pour régler les affaires de police.[3]

Enfin, pour terminer, il y a cette histoire de sacrilège présumé qui s’est déroulée sous le toit d’un de nos ancêtres côté Lapierre, Nicolas Brazeau, charron de la côte Saint-Martin. Deux soldats venus chez lui voulaient se battre avec un dénommé André Dumays qui, ayant été frappé,  s’est réfugié dans un cabinet et  a fermé la porte derrière lui. Un des soldats, Jacques Bernier dit Lajeunesse a voulu avec une hache casser la porte et ce faisant « il frappa plusieurs coups sur une image de crucifix»[4] qui s’y trouvait. Les deux soldats ont bien sûr nié avoir atteint le crucifix volontairement. Notre ancêtre a dû témoigner dans cette cause.

Nous ignorons le fin mot de l’histoire. Chose certaine, les soldats auraient pu être condamnés à mort pour une telle offense.

Marie Vaillancourt


[1] BOYER, Raymond, les crimes et les châtiments au Canada Français du XVIIe au XXe siècle, p 198

[2] Ibid. p 393

[3] Ibid. p 46.

[4] Ibid. p 399-400.




4 commentaires de “Affaires judiciaires (1)”

  1. nathalie

    certains se retourneraient dans leur tombe s’ils entendaient les jurons de nos jours, aïe aïe aïe on va tous aller en enfer !
    on travaille le dimanche et on blasphème !!!!
    sinon, continue c’est très intéressant.
    Bises

  2. Denis

    Les gens en étaient rendu à déformer leurs jurons pour ne pas être punis.

    exemple Tord à Dieu = Torrieu

  3. Alexis

    Intéressant… ça explique pourquoi les jurons religieux ont tant gardé de leur puissance aujourd’hui. Ces anecdotes me font penser à nos actuelles dictatures religieuses du Moyen-Orient.

  4. Jean leDuc

    On comprend mieux pourquoi les québécois sont tellement reconnus…


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