Assassiné dans son lit

En suivant la trame de la  vie  de Jean Aubuchon dit Lespérance nous plongeons dans  l’atmosphère d’une époque fascinante car la destinée de cet ancêtre n’a  pas été banale. Durant trois décennies, de 1655 à 1685,  il a pris beaucoup de place dans le petit monde de Ville-Marie. Doué, rusé, débrouillard, possédant sans doute  une certaine instruction, Aubuchon part de Dieppe vers 1648 pour rejoindre en Nouvelle-France son demi-frère  Jacques,  un maître charpentier arrivé ici  cinq ou six ans plus tôt. Jacques Aubuchon fut  l’un des  premiers défricheurs de Batiscan dans la région de Trois-Rivières.

Port de Dieppe

Port de Dieppe

 

En  juin 1649, l’ancêtre  Jean  obtient une concession des Jésuites  au Cap-de-la-Madeleine et il se marie à  Trois-Rivières, le 19 septembre 1654.

 

Trois-Rivières 1709 . jpg

L’ignore-t-il, mais son épouse, Marguerite Sédillot, fille de Louis Sédillot et de Marie Grimoult, n’est âgée que de  onze ans ! Elle  n’a pas l’âge pour se marier. À l’époque, la coutume religieuse établie par Rome[1] fixait à 12 ans l’âge minimum du mariage pour une fille et à 14 ans pour un garçon.

Mariage de Jean Aubuchon et de Marguerite Sédillot

Mariage de Jean Aubuchon et de Marguerite Sédillot

Plusieurs raisons expliquent ces mariages très précoces surtout au début de la colonie. La rareté des femmes n’est pas la seule explication. En France, Champlain avait épousé Hélène Boullé alors qu’elle était encore nubile. Le mariage était très souvent motivé par des considérations principalement pécuniaires et la femme faisait simplement  partie du marché. N’oublions pas que ces mœurs existent  encore aujourd’hui dans certains pays.

Dans le cas  du couple Aubuchon – Sédillot, dès que Marguerite aura atteint l’âge requis, c’est à dire quelques mois après l’annulation, le 12 avril 1655, le mariage sera réhabilité à Montréal.

1685 (2)

Une dot déterminante

Question d’argent, Marguerite Sédillot apporte une dot qui, bien qu’elle ne soit pas énorme, fera l’affaire de son mari : 200 livres de marchandises à écouler. C’est un  bon début pour Aubuchon qui sent déjà  naître en lui  la vocation du commerce. Pour mieux exercer son négoce, il s’installera définitivement  à Montréal.

Selon Trudel[2], Aubuchon aurait fait partie des tous premiers marchands de Ville-Marie  avec entre autres Jacques Le Ber, Jacques et Charles Lemoine et Jean Gervaise,  parmi les plus connus.

 

Aubuchon, Jean  - signature 1

 

Il va se faire construire une boutique pour vendre ses  marchandises  et participera comme il se doit à la traite des fourrures.  Il  achète des propriétés, fait des locations, prête de l’argent.  Son nom apparaîtra dans maints actes notariés, mais aussi ailleurs … dans les cours de justice.

 

Eau-de-vie

En 1657 le voilà condamné pour avoir vendu de l’eau-de-vie aux Amérindiens.

Pour la même offense à Québec, un autre de nos ancêtres,  Jean Charpentier dit La Paille,  sera sévèrement puni par le clergé vers 1675.  Excommunié,  on lui  refusera l’enterrement dans un cimetière catholique quand il meurt subitement parce qu’il n’a pas reçu les sacrements., comme le raconte Frontenac qui s’en plaint à Colbert .[3]

 tonneaux-en-bois-en-bois-de-conteneurs-whisky-vin_121-54207

 

À Montréal, Jean Aubuchon s’en tirera  beaucoup mieux  en  défrayant 150 livres d’amende. Le traitement des fautifs aurait  été bien différent entre Montréal et Québec où Mgr Laval exerçait une influence très forte. Frontenac ne partageait pas ce point de vue. Malgré les règlements par lui-même édictés, il faisait preuve de laxisme à Montréal. Pour lui,  le commerce ne devait pas trop s’embarrasser de considérations morales. L’alcool, on le sait, a fait et continue de faire des ravages considérables chez les Amérindiens.

 

Dollard Des Ormeaux

On le verra plus loin, Aubuchon,  agissait comme une sorte de banquier à Montréal. Il prêtait à gauche et à droite de petites et grosses sommes. Le tout Montréal de l’époque a dû aller un jour ou l’autre frapper à sa porte.  C’est ainsi que l’illustre  Dollard  Des Ormeaux [4] compte  parmi ses nombreux débiteurs. http://echo.franco.ca/longsault/ .

En effet, trois jours avant son départ pour la célèbre bataille du Long-Sault, soit le  15 avril 1660, Dollard  DesOrmeaux   reconnaît devoir 48 livres à Jean Aubuchon, une somme empruntée, selon Adrien Pouliot, pour armer la petite unité de combat. DesOrmeaux  promet de rembourser à son retour. On connaît la suite. La bataille fatale eut lieu le 1er mai 1660.

Battle_of_Long_Sault_1660

Accusé d’adultère

Tandis que certains risquent leur vie pour la colonie en balançant des barils de poudre de l’autre côté d’une palissade, d’autres, comme Aubuchon tentent d’agrémenter  leur existence en sautant la clôture. Jean Aubuchon est condamné pour adultère par Maisonneuve lui-même et cela peu de temps  avant la naissance de son premier fils, Médéric. Sa maîtresse, Marguerite Boissel, 17 ans, est l’épouse du chirurgien Étienne Bouchard. Nous sommes le 17 juin 1660.

La sentence  se veut exemplaire. Aubuchon doit payer «une amende de six cent livres envers le chirurgien et il est condamné au bannissement perpétuel de la ville, cependant on lui laisse trois mois pour régler ses affaires»[5]. Pour l’épouse fautive, le mari peut choisir entre l’enfermement ou le retour chez  ses parents, une fois soulagée de tous ses biens, il va sans dire. Mais  Étienne Bouchard saura pardonner à son épouse.

Quant à Aubuchon, encore une fois, il s’en tirera plutôt bien. Il quitte Montréal  pour Trois-Rivières où vit son frère.  Pendant ce temps, l’église Notre-Dame de  Montréal bénéficiera  de ses largesses ; une  somme de 300 livres est  offerte pour faire dire des messes à perpétuité à une fondation en l’honneur de Saint-Sauveur. Deux ans plus tard, le temps et l’argent ayant fait son œuvre, le voilà de retour à Montréal, blanchi et pardonné.

 

800px-Premiere_eglise_Ville-Marie

Ville-Marie

 

Dur en affaire

On ne compte pas le nombre de débiteurs de Jean Aubuchon, un prêteur intraitable qui n’hésite pas à avoir recours aux tribunaux pour récupérer la moindre somme aussi dérisoire soit-elle. Certains devront lui céder  leurs terres d’autres leurs maisons, ce qui  fera de lui un propriétaire important et prospère.

Dans son dictionnaire biographique des ancêtres québécois[6], Michel Langlois  présente une longue liste de ses nombreux emprunteurs. Mentionnons  par exemple qu’il achète,  pour la somme modique de 130 livres, la maison de  Maurice Averty (côté Lapierre), un homme coincé financièrement et  très peu doué pour les affaires[7]. Puis il vend deux bœufs à Urbain Tessier (côté Vaillancourt) pour la somme de 400 livres.

 

Préséance et poste de marguillier

En 1672, les habitants de Montréal  retiendront davantage  ses qualités d’administrateurs pour le nommer  marguillier en chef de la paroisse Notre-Dame de Montréal.

Ce rôle, Aubuchon le prend très au sérieux. À ses yeux, il lui confère beaucoup d’importance . C’est ainsi qu’il s’arroge la première place à l’église et dans les processions, ce qui ne fait pas l’affaire du  procureur fiscal, Jean-Baptiste Migeon de Branssat  qui  revendiquera pour lui-même cet honneur  en faisant appel aux tribunaux. D’ailleurs le 4 mars un arrêt du conseil souverain précise le rang dévolu à chacun.

 

conseil_souverain_1663

Conseil souverain

 

 

Marguillier - règlement 1Marguillier - règlement 3

Transcription :

«Entre le procureur général prenant le fait et cause du procureur fiscal de l’île de Montréal demandeur en exécution de l’ordre du Roi portant règlement en date du deuxième mars mille six cent soixante-huit, et de l’arrêt de son Conseil d’état du douzième avril mille six cent soixante-dix d’une part, et Jean OBUCHON marguillier de la paroisse dudit Montréal défendeur et défaillant assigné par exploit de Bailly sergent en date du vingt-quatrième décembre dernier pour répondre de sa désobéissance et rébellion aux ordres du Roi d’autre part; vu ledit ordre de sa Majesté portant que dans toutes les processions et autres cérémonies qui se feront à l’avenir soit au-dedans ou au-dehors des églises tant cathédrales que paroissiales de ce pays, le gouverneur général ou le gouverneur particulier de chaque lieu marchera le premier, après lui les officiers de la justice et ensuite les marguilliers; ledit arrêt du Conseil d’état portant entre autres choses, qu’il soit fait par ledit Conseil une division générale de tous les habitants par paroisses et bourgades; qu’il soit réglé quelques honneurs aux principaux habitants qui prendront soin des affaires de chacune bourgade et communauté, soit pour leur rang dans l’église, soit ailleurs, et que ceux des habitants qui auront plus grand nombre d’enfant soient Toujours préférés aux autres si quelque raison puissante ne l’empêche…[8] (…)»

 

Marguillier (règlement 2)

Transcription

«(…)le Conseil a ordonné et ordonne que ledit ordre de sa Majesté sera avec le présent lu, publié et affiché de nouveau par toutes les paroisses, seigneuries et autres lieux nécessaires en ce pays afin que personne n’en puisse ignorer et que chacun aie à y obéir sous les peines y contenues, et faisant droit sur le différent mû entre la justice dudit Montréal et ledit Obuchon marguillier, ordonne ledit Conseil sous les mêmes peines que les officiers de justice dudit lieu de Montréal, ainsi que de tous les autres lieux de ce pays auront après les gouverneurs ou seigneurs un banc ou place particulière dans le lieu le plus honorable de chaque église, et que lorsqu’ils se trouveront au service Divin tant à jour ordinaire qu’extraordinaire, ils auront dorénavant avant les marguilliers le pain bénit, la paix, encens, quête, cierges, rameaux et autres honneurs tant dedans que dehors l’église de leur lieu, remettant à faire droit sur la contravention qu’y a apportée ledit Obuchon marguillier lorsque la navigation sera libre et sans faire préjudice à ses semences (…) »

Marguillier banc

 

 

Vol chez Aubuchon

 

Deux années plus tard, le nom de Jean Aubuchon réapparaît dans les jugements et délibérations du Conseil souverain. Cette fois, il est victime d’un vol et l’accusé, Jean Belleville est d’abord condamné à mort pour son forfait[9]. Le 8 mars 1677, il est formellement accusé« d’avoir volé nuitamment en la maison de Jean Aubuchon habitant de Montréal dix-huit castors, deux paires de souliers François, deux paires de bas de Saint-Missan; sept livres de poudre, trois aunes de grosses toiles, cinq martres et vingt-cinq francs en argent monnayé»

 

FourrureCastor

Belleville  échappera à la peine capitale et sera  finalement condamné à « être tiré des prisons par l’exécuteur de la haute justice, mené et conduit en lieux et places ordinaires de cette ville pour y être battu et meurtri de verges jusqu’à effusion de sang, et ensuite conduit à la place du marché de la basse-ville pour lui être appliqué sur l’épaule  l’impression d’une fleur de lys, en outre condamné en soixante livres d’amende envers le Roi et que les frais de la procédure faite en cette Cour seront pris sur les biens dudit Belleville»

 

 fleurdelys1

 

 

Trouvé assassiné dans son lit

 

 mort lit le chat 2

Le 3 décembre 1685, Jean Aubuchon est trouvé mort assassiné dans son lit comme en fait foi l’acte de décès ci-dessous. Il aurait été inhumé dès le lendemain.

 

Aubuchon, Jean (Décès)

 

Sa femme, Marguerite Sédillot, 42 ans, et son fils aîné Jean [10] âgé de 24 ans s’empressent  de désigner un coupable : Jacques Pillereault (ou Pillereau). La mère et le fils seront eux-mêmes mis en accusation.

 

Sédilot vs Pillereau 1Sédilot vs Pillereau 2

Transcription

«Du vingt-cinquième mai 1686. Le Conseil assemblé où assistaient Monsieur le gouverneur Maîtres Louis Rouer de Villeray premier conseiller. Charles LeGardeur de Tilly. Charles Denys de Vitré. Claude de Bermen de la Martinière conseillers. Et François Madeleine Ruette d’Auteuil procureur général du Roi. Le procès extraordinairement fait au bailliage de Montréal à la requête de Marguerite Sedillot veuve de Jean Aubuchon dit L’Espérance vivant marchand habitant dudit lieu demanderesse et complaignante, le substitut du procureur fiscal audit bailliage joint, à l’encontre de Jacques Peillerault habitant de ladite île, défendeur et accusé, ayant été apporté au greffe du Conseil et icelui Peillerault transféré des prisons de cette ville en conséquence de l’appel par lui interjeté de la sentence dudit bailliage du quinze du présent mois, par laquelle il est condamné d’être appliqué à la question ordre et extraordinaire maître Nicolas DUPONT conseiller audit Conseil a été commis pour interroger ledit Peillerault, pour ce fait, et le tout communiqué au procureur général, et rapporté, être ordonné ce que de raison. ROUER DE VILLERAY.» .

 

Pillereault a-t-il été finalement soumis au supplice de la question ordinaire et extraordinaire[11] ?  Il semble qu’il ait subi un début d’interrogatoire et que des témoins aient été entendus, mais Nicolas Dupont, le conseiller responsable, a plutôt choisi de  remettre  en cause la procédure.

Torture

 

«Sur ce que le sieur Dupont conseiller a dit qu’ayant été ci-devant commis pour interroger Jacques Peillerault appelant de sentence du bailli de Montréal, du quinze mai dernier, par laquelle il est condamné d’être appliquée à la question ordinaire et extraordinaire, il avait en conséquence commencé de procéder à l’interrogatoire dudit Peillerault; mais que comme il se trouve des témoins qui ont été ouïs, et non récolés ni confrontés à l’accusé, et que d’ailleurs la procédure du juge dont est appel est extrêmement étendue; et n’estimant pas que le procès soit en état d’être jugé que ladite procédure n’ait été examinée a fond, le sieur DE VILLERAY a été commis, pour avec ledit sieur Dupont, voir et examiner lesdites procédures, et tout ce qui s’en est ensuivi, pour ce fait, et le tout communiqué au procureur général du Roi et rapporté être ordonné ce que de raison. DEMEULLE.»

En septembre on se préoccupe plutôt du climat malsain de la prison, comme en fait foi l’extrait ci-dessous:

«(…) les cachots des prisons de cette ville sont très incommodes à cause de l’extrême humidité qui s’exhale des murs, et des mauvaises qui s’y contractent, de sorte qu’il n’est pas possible que les prisonniers y puissent résister, que sur la plainte qui lui en a été faite de la part du nommé pilleraud qui y est actuellement détenu, il s’y serait porté et en avait pris connaissance par lui-même, en sorte qu’il estimait que jusqu’à ce qu’il y eût été autrement pourvu, il était raisonnable de permettre audit Paillerault de coucher dans les prisons civiles(…)»[12]

 Prison

On se rappellera que Julien Talua dit Vendamont, le meurtrier avoué d’Antoine Roy dit Desjardins  qui avait assassiné l’amant de sa femme à Lachine l’année précédente, avait  été exempté de la prison pour les mêmes raisons.

Le 8 octobre suivant, Pillereault veut faire appel mais on lui signifie que des témoins doivent auparavant être entendus : Jacques Ménard dit Lafontaine, habitant de Boucherville, Jean Ménard son fils, Pierre Perthuis dit Lalime, Mathurine Juillet, femme d’Urbain Baudreau dit Graveline, habitants de Montréal. mentionnons que toutes les personnes citées sont nos ancêtres, côté Vaillancourt, Lapierre ou Chartrand.

Puis, coup de théâtre, le 30 octobre, tout le monde est acquitté faute de preuve, même si un des témoins, Jean Ménard, n’a pu être interrogé  étant parti pour le fort Catarakouis (Fort Frontenac).

Sédillot devra rembourser à Pillereault « (…) les aliments qui lui ont été fournis par le geôlier pendant sa prison, depuis le dix-neuvième mai dernier jusqu’à sa sortie payé par ladite veuve et héritiers dudit défunt, à raison de cinq sols par jour, ensemble la somme de douze livres un sol pour les gîtes et geôlage(…) »[13]

Le 7 février 1689,  Pillereault est définitivement déchargé des accusations faites contre lui et réclame encore le remboursement de ses frais pour emprisonnement à  Marguerite Sédillot qui nie alors l’avoir accusé ajoutant qu’ « elle a été elle-même poursuivie avec Jean Aubuchon son fils comme criminels, lequel en est mort ensuite de chagrin»[14]. Jean Aubuchon fils est en effet décédé le 18 septembre 1687. Elle prétendra avoir su que son défunt mari et Pillereault s’étaient querellés. Son fils avait  ensuite demandé une perquisition chez ce dernier croyant qu’on y trouverait l’arme du crime et autres objets compromettants. Sans résultat.

À ce moment, Marguerite Sédillot  venait d’épouser Pierre Lusseau, sieur Desruisseaux de qui  elle avait  eu un enfant en août 1688. La même année, le 3 novembre, elle fera partie des 30 personnes  qui seront convoquées  par l’huissier Pierre Cornellier dit Grandchamp  parce qu’ils vendent de l’alcool à domicile et  «ne se soucient guère d’afficher, dans leur établissement, les règlements régissant les cabarets, et encore moins d’avertir ceux qui jurent et blasphèment le saint nom de Dieu! [16]». Rémi Tougas raconte que Montréal comptait  à l’époque 800 habitants,  130 maisons et que, de ce nombre,  23 % étaient des cabarets  dont plusieurs sans autorisation. Cette situation entraînait bien des désordres et les autorités d’alors ont  senti la responsabilité d’intervenir.

Cabaret1

 Le célèbre notaire Antoine Adhémar, époux de la sœur de Marguerite Sédillot, deviendra tuteur de ses neveux  mineurs. Pendant plusieurs années  par la suite, les héritiers de Jean Aubuchon, dont notre ancêtre Joseph, devront se présenter devant les tribunaux pour  réclamer les sommes prêtées par leur père.

Nous ne connaîtrons jamais l’identité du coupable. Qui a assassiné Jean Aubuchon dit Lespérance  et de quelle façon ? Quelle était l’arme du crime ? Quels furent les circonstances qui ont entouré cet attentat? Comment expliquer l’empressement de son épouse à accuser Pillereault ?    Celui-ci était-il le même qu’on soupçonnait  quelques années plus tôt  d’être l’amant de Françoise Moisan ?  Était-il devenu le soupirant de Marguerite Sédillot ? On peut imaginer mille scénarios. La clameur publique  ne se privait pas d’interprétations diverses et la justice  devait faire  abstraction de tous ces ragots. Plusieurs personnes pouvaient en vouloir à Aubuchon. Quelques mois avant son assassinat, il avait été accusé de voies de fait sur la personne de Jacques Gatteau[15] Son caractère difficile lui avait attiré plusieurs ennemis. Cependant, trois cent vingt-cinq ans plus tard,  l’enquête ne peut être refaite, il y a prescription.

Marie Vaillancourt

[1] Boyer, Raymond, les crimes et les châtiments au Canada Français du XVIIe au XXe siècle. P. 318.

[2] Trudel, Marcel, Les débuts d’une société : Montréal, 1642-1663 : étude de certains comportements sociaux. Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 23, numéro 2, septembre 1969, p. 197.

[3] Roy, Pierre-Georges, Toutes petites choses du régime français, Édition Garneau, p. 95-96.

[4] Pouliot, Adrien « L’exploit du Long-Sault : ses motifs — ses résultats », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 14, n° 1, 1960, p. 3-15.

[5] Séguin, Robert-Lionel, La vie libertine en Nouvelle-France, p. 375.

[6] Langlois, Michel, Dictionnaire biographiques des ancêtres québécois, vol 1.p. 74

[7] Averty sera plus tard mis sous curatelle car il est considéré comme  incapable de la conduite et de l’administration de ses biens.

[8] BANQ.

[9] BANQ. Pièce provenant du Registre no 3 des arrêts, jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France (11 janvier 1677 au 23 décembre 1680), f. 6-6v.

[10] Médéric étant décédé avant 1666.

[11] Se disait de la Torture la plus rude qu’on faisait souffrir à un accusé pour lui arracher quelque aveu. Il fut mis à la question ordinaire et extraordinaire. Dictionnaire de l’Académie française.

[12] BANQ Pièce provenant du Registre no 4 des arrêts et jugements rendus au Conseil souverain de la Nouvelle-France sur les matières criminelles (18 juin 1678 au 8 mars 1706), f. 35v-36.

[13] BANQ Pièce provenant du Registre no 4 des arrêts et jugements rendus au Conseil souverain de la Nouvelle-France sur les matières criminelles (18 juin 1678 au 8 mars 1706), f. 38-40

[14]  BANQ Pièce provenant du Registre no 7 des arrêts, jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France (12 janvier 1688 au 22 décembre 1693), f. 33v-35.

[15] Langlois, Michel, Dictionnaire biographiques des ancêtres québécois, vol 1. P. 75.

[16] Tougas, Rémi, L’Allemande, La scandaleuse histoire d’une fille du roi 1657-1722. p. 70.

 

Sources

BANQ Bibliothèque et archives nationales du Québec

Boyer, Raymond, les crimes et les châtiments au Canada Français du XVIIe au XXe siècle

Campeau, Lucien Mgr de Laval et le Conseil souverain 1659-1684. Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 27, n° 3, 1973, p. 323-359.

Giguère, Guy, La scandaleuse Nouvelle-France

Jetté, René, Dictionnaire généalogique des familles du Québec : des origines à 1730.

Langlois, Michel, Dictionnaire biographiques des ancêtres québécois, vol 1.

Pouliot, Adrien « L’exploit du Long-Sault : ses motifs — ses résultats », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 14, n° 1, 1960, p. 3-15.

Roy, Pierre-Georges, Toutes petites choses du régime français, Édition Garneau,

Séguin, Robert-Lionel, La vie libertine en Nouvelle-France

Saintonge, Jacques, Jacques Aubuchon dot le loyal, Nos ancêtres vol. 4.

Tougas, Rémi, L’Allemande, La scandaleuse histoire d’une fille du roi 1657-1722

Trudel, Marcel, Les débuts d’une société : Montréal, 1642-1663 : étude de certains comportements sociaux. Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 23, numéro 2, septembre 1969, p. 185-207




20 commentaires de “Assassiné dans son lit”

  1. France Leboeuf

    Allo Marie,

    Je suis un peu estomaquée par la vie de cet ancêtre. Certains ne s’ennuyaient au début de la colonie ! Je suis surprise aussi que monsieur Aubuchon épouse une fille de 11 ans, qu’il soit banni de Ville-Marie mais puisse y revenir tranquillement quelques années plus tard.
    Toutes les personnes accusées du meurtre de Jean Aubuchon seront acquittées faute de preuves… La justice n’était pas trop  » méchante » .

    C’est un plaisir de te lire ! L’hiver rigoureux a été propice à l’écriture et à la création.
    France

  2. Lucie Lapierre

    Merci Marie

    Ces textes sont tous très intéressants. J’aime beaucoup tous ces détails de l’époque de cet ancêtre. Mariages, loi et jugements ainsi que « business » etc…

    On peut dire que monsieur Jean Aubuchon était bien actif et débrouillard mais pas toujours droit cependant, c’est clair qu’il avait du caractère et une personnalité forte. Sa vie n’a pas été de tout repos n’est-ce pas?

    C’est un beau cadeau et bien apprécié de recevoir ces formidables informations.

    Au plaisir Lucie

  3. Pierrette St-Germain

    Merci pour m’avoir envoyé cette histoire. C’est très intéressant mais connaissait-il mon ancêtre Pierre Lamoureux dit Saint-Germain qui à été courreur des bois et qui a vécu à Lachine?

    Pierrette St-Germain
    Ce dimanche 1er mars 2014

  4. Pierre Lagacé

    J’ai envoyé mes lectrices et mes lecteurs vous lire…

    http://sadp.wordpress.com/2014/03/02/pause-toujours-mon-lapin/

    Belle recherche.

    Vous avez un site impressionnant.

  5. Pierre Lagacé

    Le plus fascinant en lisant toute cette histoire est que beaucoup de personnes ont eu des ancêtres qui furent des acteurs lorsqu’on regarde les noms des gens impliqués directement et indirectement.

    Urbain Tessier, capturé puis relâché par les Iroquois, est un de mes lointains ancêtres.

  6. Denis Lapointe

    Quelle histoire, autant que certain de nos ancêtre travaillais dur pour gagner leur vie, d’autre vivait de la criminalitée, pas beaucoup de changement avec aujourd’hui.

  7. Claire Lizotte

    Bonjour Marie

    Je te lis d’un côté et je lis le journal de l’autre. même bêtises humaines….les gens qui ont des relations s’en tirent plus facilement que le pauvre sans ressource..des sentences réduites….etc….le mot justice à le dos large.

    Toujours un plaisir de te lire

  8. Carlos Taveira

    Ceux qui échappaient à la « question ordinaire et extraordinaire » n’étaient que trop chanceux. En Nouvelle-France, selon mes recherches, on préférait la torture des brodequins: http://www.histoquest.ca/angelique/Brodequin-detail.jpg
    Plusieurs accusés y ont été soumis et les aveux étaient recevables en cour. Cependant, et à ma connaissance, la question ne fut jamais applicable aux nobles ni aux « gens de qualité ».
    La peine capitale était exécutée de deux façons selon l’origine sociale du condamné: les nobles avaient la tête tranchée; les autres étaient pendus. La Révolution Française normalisera la chose: tout condamné à mort, indépendamment de son origine sociale, sera désormais guillotiné.
    (En passant: le dr. Joseph Ignace Guillotin n’a pas inventé la guillotine et la croyance populaire qu’il aurait été guillotiné n’a pas d’assise historique. Il était un humaniste, grand défenseur de la vaccination. Il n’a fait que proposer un moyen d’exécution plus humain et rapide sans égard au statut social de chacun)

  9. Hélène Côté

    Ne soyez pas gênés d’avoir des aieux qui n’étaient pas des anges. Moi aussi, j’ai des ancêtres qui se balancent encore au bout d’une corde, sur des branches de mon arbre.
    Il y a une justice.

    Recherche fouillée, récit captivant.

  10. Hélène Côté

    La torture s’appliquait aussi aux nobles. Voir l’Affaire des poisons, la Brinvilliers. Mais les sentences étaient distinctes, en effet. Par exemple, la prison pour une roturière, le couvent pour une femme noble, la corde ou la hache, mais entre nous qu’est-ce que ça change…
    Carlos Taveira, vous avez raison : le docteur Guillotin est mort en 1814, n’a pas inventé la guillotine (on l’a importée de Florence) et il a vigoureusement protesté (par écrit) lorsqu’on lui a donné son nom, au féminin, pour le ridiculiser; c’est quand même lui qui a fait la promotion de ce moyen d’exécution, avec le docteur Louis, médecin du roi…
    Excuse-nous Marie, pour cette digression. En Nouvelle-France, on n’aimait pas trop exécuter. Il n’y avait déjà pas beaucoup de colons…

  11. Carlos Taveira

    Merci, Hélène Côté, pour vos précisions. En fait, en ce qui concerne la torture chez les nobles, je me demandais si elle avait été appliquée en Nouvelle France. En Europe, pas mal de nobles y furent soumis. Même chose pour la sorcellerie. En Nouvelle-France, on a pas vérifié de « chasse aux sorcières » (comme à Salem en Nouvelle Angleterre). J’ai tombé sur un cas à Beauport où l’accusé aurait été « arquebusé ».

  12. Gemma Picard

    Excellente recherche.

    Je vous remercie de me permettre de vous lire.

  13. Claude Vaillancourt

    Bonjour Marie,

    Très intéressant ce récit d’un crime parfait en Nouvelle-France qui, comme dans bien des histoires policières, nous en apprend énormément sur les moeurs… 800 personnes à Ville-Marie, et tant de curieuses aventures…

    On attend la suite!

  14. Nicole Bourbonnais

    Bonjour,

    Vous avez bien ciblé une historienne en voie de le devenir. Merci pour l’envoi Je vous suis très reconnaissante. A la prochaine

  15. Alexis

    Marie !

    Méchant moineau que cet Aubouchon… Un Séraphin avant l’heure! Son sens des affaires ne s’est toutefois pas transmis jusqu’à nous, et c’est tant mieux! Les enfantillages entourant la place dans les processions et à l’église me fascinent! Ah!, c’est souvent ça, les ambitieux mènent la barque, quelles que soient leurs qualités. Aussi, la statistique sur les cabarets est vraiment excellente… Merci pour ce bel article bien fouillé !

    xxx

  16. Amélie

    Bonjour Marie,
    Encore un article très riche et bien fouillé. Ouf, quelle époque! On a envie d’en savoir davantage. Cette histoire serait digne d’un roman! Merci pour ce voyage.

  17. Catherine Lampron

    Bonjour,

    J’aimerais connaître l’endroit où vous avez trouvé la carte des seigneuries de Trois-rivières, Cap-de-la-madeleine… Elle est magnifique!

    Merci,

    Catherine

  18. Marie

    J’ai trouvé la carte sur le site suivant : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b59689531/f1.zoom

  19. Manon Vaillancourt

    Bonjour ceci est mon ancêtre et j’ai tout imprimé. Bravo et merci!!!!! Je voulais savoir je cherche à savoir si il y a une armoirie qui existe pour les Vaillancourt!

  20. Marie

    Oui, des armoiries ont été réalisés. Elles sont disponibles aux éditions Le Milan.


Laisser une réponse