Antoinette Catherine Eloy

Fille du roi

Antoinette Catherine Eloy est née vers 1644 à Brie-Comte-Robert, une commune située non loin de Paris, dans la région île de France. Quand Antoinette était enfant, Brie-Comte-Robert était  engagée dans La Fronde, une période trouble de l’histoire de France. À cette époque, Louis XIV est encore mineur. Le pouvoir royal est  affaibli par un intervalle de régence à la suite de la mort de Louis XIII et de Richelieu. Les efforts investis dans la guerre contre l’Espagne (guerre de trente ans) avaient entraîné de lourds  impôts. La frustration et la révolte accumulée sous l’ère de Richelieu avaient atteint leur paroxysme dans toutes les classes de la société.

Combat de Brie-Compte-Robert en 1649

En 1649,  Brie-Comte-Robert est occupée par les frondeurs parisiens. Le lieu sert  de base pour  assurer le ravitaillement de Paris bloqué par Condé, le meneur de la fronde des Princes. Le 27 février, à Brie Comte-Robert 50 maisons sont brûlées et les frondeurs vont se réfugier au château.

La famille Eloy a-t-elle été touchée par ces événements violents ? Antoinette   avait quatre ans environ à cette époque. Elle est orpheline de père quand elle arrive en Nouvelle-France,  tout comme la plupart des filles du roi d’ailleurs.

La Salpêtrière

Catherine Éloy a-t-elle séjourné à la Salpêtrière ? Les filles du roi de la région de Paris sont souvent passées par cet hôpital lieu d’accueil des pauvres et des orphelins. Il fut une époque où on y enfermait les prostituées, ce qui a valu une réputation de filles de joie à ces femmes qui sont à la base du peuplement de la Nouvelle-France.  Nous avons cependant  toutes les raisons de croire qu’elles étaient pour la plupart  «d’honnêtes jeunes filles»,  triées sur le volet selon des critères de santé, de jeunesse, «pas trop contrefaite»,  «vaillantes», de bonnes mœurs, «dégourdies».

Le port de Dieppe

Notre ancêtre quitte le port de Dieppe avec un contingent de filles du roi en 1665. Elle a alors environ  21 ans. Les filles  du roi apportaient avec elles une dot du roi et quelques biens. Nous ne connaissons pas la valeur des biens que Catherine avait en sa possession,  mais tout porte à croire qu’elle était issue d’un milieu très modeste.

Le Saint-Jean-Baptiste sur lequel elle s’était embarquée accoste au Port de Québec le 2 octobre 1665.

Mariage

Le 14 décembre 1665, soit à peine un peu plus de deux mois après son arrivée en Nouvelle-France, elle épouse Mathurin Masta. Elle se présente alors sous le prénom d’Antoinette et déclare ne pas savoir signer, tout comme son mari d’ailleurs.

A été fait et solennisé le mariage de Mathurin Masta fils de feux Jacques et de Marie Coutaud de la paroisse Saint-Denys de la Chevasse en Poitou. Avec Antoinette Eloy, fille de feux Jean et Antoinette Poite de la paroisse Saint-Étienne Brie, tous deux de cette paroisse, les 3 bans ayant… été publié sans opposition et ayant obtenu dispense …Le mariage fait en présence  de Gilbert Barbier dit le Minime, François Bailly, habitants  et autres amis communs des parties qui ont déclaré ne savoir signer.

Mathurin Masta

Pour sa part, Mathurin Masta est arrivé seul à Québec en 1659. Il avait été engagé pour l’abbé Queylus à La Rochelle avec son père,  comme lui  maçon et  tailleur de pierres. Par malheur, le Saint-André, sur lequel il s’était embarqué à La Rochelle étai infecté par la peste. Le bateau aurait  servi pendant deux ans de navire hôpital pour la marine. À peine en mer la contagion gagnait tous les passagers. Huit à dix personnes mourront  dont le père de Mathurin qui devient donc orphelin à l’âge de 15 ans.

Extrait du recensement de 1666

Pointe-aux-Trembles

Installée à Pointe-aux-Trembles, la famille de Mathurin Masta et d’Antoinette Éloy  réussit à amasser un patrimoine intéressant, composé de deux emplacements de 12 mètres sur 23 dans le bourg et de deux terres totalisant 105 arpents, dont plus de 20 étaient labourables.

 

Sur le premier emplacement était construite la maison, mesurant 6 mètres sur 5, en pièce sur pièce avec une cheminée et un four en terre; sur l’autre étaient érigées une grange de 10 mètres sur 7, couverte de paille, et une «meschante etable». Les immeubles étaient évalués à 1 880 livres. Si, dans sa maison, il n’avait que les articles essentiels, en revanche ils possédaient trois bœufs évalués à 345 livres. Leurs  dettes s’élevaient à plus de 320 livres.

Moulin de Pointe-aux-Trembles

La famille

Antoinette Éloy et Mathurin Masta auront sept enfants, dont plusieurs mourront dans des circonstances tragiques.

1. Cunégonde  (1667 -1723)

2. Antoine (1669 – 1679)           mort noyé à 10 ans

3. Pierre (1672 -1690) tué par les Iroquois à la bataille de la coulée Grou

4. Toussaint(1675 -1755)

5.  Marguerite (1680 – 1699)    meurt à 19 ans

6. Barbe(1683 – 1687) épidémie de 1687

7. Marie Jeanne(1687 – 1687) épidémie de 1687

L’aîné des garçons se noya à l’âge de 10 ans en 1679. Le deuxième fils, né en 1672, fut tué par les Iroquois en 1690 lors de la bataille de la coulée Grou. Toussaint, le seul fils qui se maria, n’avait que 13 ans lorsque mourut son père. Deux autres filles, Jeanne (quelques mois) et Barbe (4 ans), périrent dans l’épidémie de novembre 1687. Une autre fille, Marguerite, épousa Jean-Baptiste Lalonde en 1698 mais perdit la vie quinze mois plus tard, âgée d’à peine 20 ans.

Veuve à 44 ans

En dix ans elle voit mourir cinq de ses enfants mais aussi son mari Mathurin Masta le 1er mai 1688. En 1693, elle est nommée tutrice de ses enfants d’âge mineur et fait procéder à l’inventaire de ses biens.

Au tournant du siècle,  elle va s’établir à Saint- François de l’île Jésus avec son fils Toussaint qui s’installe  près de la famille de sa bru, Marie-Thérèse Leclerc.

Elle doit régler diverses dettes ainsi que la succession. Elle a appris à signer entre temps et elle choisit son prénom  Catherine.

On retrouvera  maintenant  cette signature à plusieurs occasions. Michel Langlois dans son Dictionnaire biographique des ancêtres québécois a recensé  plusieurs des transactions qu’elle effectue devant notaire. En voici quelques unes :

«Le 13 mars 1698, elle doit pour solde de tous ses comptes envers le sieur Pierre Perthuis la somme de 427 livres 15 sols et 2 deniers.

 

Le 17 novembre suivant, elle vend à Jean Hayet dit Saint-Malo une terre de trois arpents de front par quinze arpents de profondeur, à Sainte- Thérèse, pour la somme de 600 livres, ce qui lui permet en plus de rembourser ses dettes de verser à ses gendres et ses enfants des montants sur leur part dans la succession de son défunt mari.

 

Son gendre Jean- Baptiste Lalonde lui donne quittance de l50 livres le même jour sur sa part.

 

Le lendemain toutefois, ses dettes envers le marchand Pierre Perthuis se chiffrent encore à 629 livres 17 sols et 2 deniers.

 

Ce même Jean-Baptiste Lalonde reconnaît, le 9 octobre 1699, avoir reçu un autre 150 livres en marchandises de Pierre Perthuis sur sa part de la succession.

 

Elle doit toujours à ce marchand, le 29 octobre 1700, la somme de 191 livres 7 sols et 9 deniers.

 

Son fils Toussaint Masta lui donne à son tour quittance de 300 livres pour sa part de la succession le 21 décembre suivant.

 

Elle obtient des Sulpiciens une continuation de concession de soixante arpents en superficie à la Côte Saint-Léonard, le 22 novembre 1702.

 

Ses dettes ne cessant pas de s’accumuler, le 31 août 1705, elle est forcée de vendre la concession de terre de trois arpents de front par quarante arpents de profondeur ayant appartenu à son défunt mari à Pointe-aux- Trembles. Elle cède également deux bœufs à l’acheteur Jean Latour qui, pour le tout, promet de payer 1600 livres. Il s’engage à verser, en son nom, 130 livres aux Sulpiciens, 60 livres a Charles de Couagne et 834 livres 4 sols et 3 deniers a Pierre Perthuis. Il lui permet de demeurer jusqu’en avril dans sa maison. Elle peut y prendre du bois de chauffage et également du bois de charpente afin de se faire construire une maison sur son emplacement du fort de Pointe-aux- Trembles.

 

Les Sulpiciens lui concèdent une terre de trois arpents et demie de front par vingt arpents de profondeur à la Côte Saint-Léonard, le 28 mars 1707.

 

Le 18 août 1715, elle se fait remettre par les Sulpiciens les titres de ses deux emplacements de trente-cinq pieds par soixante-dix pieds sur la rue Saint-Jean à Pointe-aux- Trembles. Elle les vend à Pierre Roy pour vingt-quatre minots de blé et vingt-quatre cordes de bois le 9 janvier 1724. Ce dernier doit lui livrer six minots de blé et six cordes de bois par année les quatre années suivantes. »

Décès et testament

Catherine Eloy meurt le 12 avril 1728 à l’âge de 85 ans. Elle est inhumée le lendemain à Saint-François de l’île Jésus.

L’an mil sept cent vingt huit le treizième jour d’avril a été inhumée dans le cimetière  de cette paroisse Catherine Eloy veuve de défunt Mathurin Masta décédée le jour précédent en la foy de la sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine après avoir été confessée âgée d’environ  quatre-vingt-cinq ans En présence de Pierre Nadon et de Charles Aubé lesquels ont déclaré ne savoir signer…

Étant malade, elle avait dicté son testament 18 années plus tôt au curé de Pointe-aux- Trembles. Elle laissait alors  à ses trois enfants la somme de 425 livres. Au Récollets, elle léguait 25 livres  ainsi qu’un  emplacement à la Fabrique de Pointe-aux-Tremble  pour payer son service et son enterrement.

Catherine Eloy demandait que ses autres biens soient vendus et qu’on utilise l’argent  pour faire dire des messes pour le repos de son âme.

Elle laissait également un emplacement à Pointe-aux-Trembles à son fils Toussaint mais n’oubliait pas sa petite-fille, Marie-Anne Dumai (Demers) notre ancêtre  à qui elle léguait également un terrain au même endroit.

De Cunégonde à nous

Sa fille aînée Cunégonde  poursuivra la lignée jusqu’à nous.

En 1686, elle avait épousé Jean-Baptiste Demers fils du pionnier André Demers. Le métier de taillandier consistait à fabriquer des outils taillant tels que des ciseaux, haches, couteaux, cisailles.

Cunégonde Masta fit un bon mariage mais celui-ci ne dura pas longtemps car son époux mourut trois ans plus tard. Trois enfants sont nés de cette union dont notre ancêtre Marie-Anne.

Femmes de cultivateurs, elles vivront sur des terres de  Pointe-aux-Trembles, en passant par Longue-Pointe, le Sault-au-Récollet et la Rivière-des-Prairies, de mères en filles,  elles  ne quitteront pas la partie  est de Montréal jusqu’à  notre grand-mère Alice Fortin.

LIGNÉE DE Antoinette Catherine Éloy

Marie Vaillancourt

Bibliographie

Landry, Yves, Les Filles du roi au XVIIe siècle, Orphelines en France, Pionnières au Canada, Montréal, Éditions Leméac, 1992

LANDRY, Yves, dir., Pour le Christ et le Roi : la vie au temps des premiers Montréalais.

Montréal, Éditions Libre Expression/Art Global, 1992.

LANGLOIS, Michel, Dictionnaire biographique des ancêtres québécois, La Maison des ancêtres, Les archives nationales du Québec, tome 2, 1999.

Sirois-Belle, Maud, La Salpêtrière et les «Filles du Roy» au 17e siècle La Lanterne, Vol. XV, numéro 1, Mars 2010




Un commentaire de “Antoinette Catherine Eloy”

  1. Gendreau-Hétu, Pierre

    Félicitations pour votre superbe site web. Ce message se veut une invitation : notre Projet ADN Héritage français collabore avec la Société d’histoire des Filles du Roy pour établir les signatures ADN des Filles du Roy. Si ce projet vous intéresse afin d’identifier la signature ancestrale d’Antoinette Catherine ELOY, votre ancêtre en matrilignage, vous êtes conviée à nous contacter. Bonne continuation dans vos recherches.


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