Des interprètes dits truchements

Difficile de concevoir un blogue sur nos ancêtres sans parler des plus valeureux d’entre eux, ces intrépides aventuriers qu’étaient les coureurs des bois. Au péril de leur vie, ils ont parcouru le pays en canot et ils ont appris les langues amérindiennes.Certains ont été appelés à  jouer un rôle d’interprètes  ou de  «truchements», comme on disait à l’époque.

Citons parmi nos ascendants, selon leur ordre d’arrivée au pays,  Nicolas Marsolet (1613),  Jean Nicollet, Olivier Letardif (1618), Jean Godefroy  (1626) et Nicolas Perrot (1660). Les quatre premiers sont arrivés avec Champlain qui leur avait donné précisément pour mission d’établir des liens avec les populations autochtones, de vivre avec eux  et de comprendre leurs coutumes afin de servir d’intermédiaires. De 1629 à 1632, lorsque les frères Kirke prennent possession de Québec  Nicolas Marsolet, Jean Nicolet et Jean Godefroy choisiront de  rester en Nouvelle-France et de vivre avec les Indiens.  Olivier Letardif , de son côté, retournera en France tout comme Champlain en attendant de pouvoir revenir par la suite grâce au  traité de Saint-Germain-en-Laye.

Samuel de Champlain

Raconter ici la vie de ces êtres d’exception représenterait une œuvre colossale. Différents  ouvrages, romans ou biographies, décrivent déjà  leurs aventures.  Par ces résumés très succincts, j’espère tout au plus donner le goût à mes lecteurs de s’informer davantage.

Nicolas Marsolet dit Saint-Aignan (1601-1677)

Nicolas Marsolet, fils d’un marchand bourgeois de Rouen, est issu d’une famille protestante convertie au catholicisme . Arrivé au pays en 1613 avec Samuel de Champlain lors de son sixième voyage, il accompagnera le fondateur de la Nouvelle-France dans son périple à travers le territoire jusqu’à l’île aux Allumettes en pays algonquin.

En digne fils de commerçant, Marsolet  s’intéresse principalement à la traite des fourrures davantage qu’à l’installation des Français au pays, de telle sorte que durant l’épisode des frères Kirke , avec son compagnon Étienne Brûlé,  il va se mettre au service des Anglais comme interprète, ce qui lui sera reproché par Champlain en 1632.

Marsolet s’embarque alors pour la France. Après s’être marié à Rouen avec Marie Barbier, il est de retour avec la volonté de participer à la colonisation. Dix enfants naîtront de cette union. À son arrivée en 1637, il prend possession de la seigneurie de Bellechasse.  Vers 1642, il devient commis des Cent-Associés, poursuit son métier d’interprète et, bien que propriétaire tour à tour de nombreux fiefs, il s’intéresse d’abord et avant tout au commerce des fourrures.

Pour cela, on le surnommera  «le petit roi de Tadoussac».  Il meurt à Québec âgé d’environ 76 ans. Voir  le Dictionnaire biographique du Canada en ligne :

http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=454

Lignée familiale de Nicolas Marsolet

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Jean Nicollet (vers 1598-1642)

Ce grand découvreur originaire de Cherbourg  arrive en 1618 avec la neuvième traversée de Champlain.  À sa demande, il  ira vivre pendant deux ans auprès des Algonquins à l’île aux Allumettes dans le but de se familiariser avec  leur langue et leurs coutumes.  À partir de 1620, il passe  neuf ans chez les Nepissingues. Un enfant naîtra d’ailleurs d’une mère nipissirinienne vers 1630 : Madeleine dite Euphrosine, ancêtre côté Chartrand. On sait que Champlain  encourage ces alliances avec les Sauvages souhaitant créer une société métis.

Sous l’occupation de la Nouvelle-France par les Kirke, Nicollet  ira vivre  avec les Hurons et tentera de faire obstacle aux conquérants. Le fondateur de Québec,  de retour de France,  lui demande d’explorer l’Ouest du territoire vers la Baie des Puants  pour y rencontrer  des tribus hostiles et aussi dans l’espoir toujours présent  de trouver une route vers la Chine. Il sera le premier Blanc à fouler la région du Nord-Ouest des États-Unis. L’État du   Wisconsin lui a  rendu hommage par l’émission d’un timbre à l’occasion de son tricentenaire et une statue a été érigée en son honneur.

Sa vie aventureuse se termine abruptement par une noyade à l’âge de 44 ans près de Trois-Rivières. Il avait épousé en 1637 Marguerite Couillard avec qui il a eu deux enfants. Plusieurs ouvrages ont été inspirés de Jean Nicollet dont on a fait à juste titre un héros. Voir le Dictionnaire biographique du Canada en ligne

http ://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=485

Site de la famille Nicolet :

http://www.famille-prevot.fr/JeanNicolet/DocumentsNicoletBiographie.php

Lignée familiale de Jean Nicolet

Avant son départ, les renseignements fournis par les Indiens lui permettaient de croire qu’il atteindrait à la mer de Chine. Nicollet avait prévu dans ses bagages une robe à la chinoise parsemée de fleurs et d’oiseaux . En signe d’amitié, il aurait revêtu ce costume à son arrivée sur les lieux.

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Olivier Letardif (vers 1609-1665)

Arrivé probablement en 1618, la même année que Jean Nicollet, Olivier Letardif, un  Breton de Saint-Brieuc  vit d’abord avec les missionnaires dans les tribus amérindiennes. En 1623, il sera envoyé par Champlain à Tadoussac. Trois ans plus tard, il est commis au magasin de Québec où il agit comme truchement. En 1629, c’est lui qui hérite de  la pénible tâche de remettre les clés de l’Habitation aux frères Kirke et il retourne en France.

De retour en 1633, il est commis général des Cent-Associés. Quelques années plus tard,  par son mariage avec Louise Couillard, sœur de Marguerite,  il devient beau-frère de Jean Nicollet  et obtient conjointement avec lui  la terre dite de Belleborne, dans la banlieue de Québec. En secondes noces, il épousera à La Rochelle  Barbe Émard avec qui il aura trois enfants dont Guillaume, ancêtre côté Chartrand.

Lignée familiale de Olivier Letardif

http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=407

Site de la famille Tardif

http://www.lesfamillestardifdamerique.com/fr-pionier%20olivier.html

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Jean Godefroy de Lintot (1607-1688)

Jean Godefroy un Normand serait arrivé avec son frère Thomas lors du onzième voyage de Champlain en 1626. Il va vivre dans les bois avec les Indiens quand Québec est cédé aux frères Kirke.

Premier interprète à devenir colon selon Benjamin Sulte, il s’installe à Trois-Rivières et restera  actif dans la traite des fourrures. Il épouse la sœur de Michel Leneuf, vers 1636. Ils auront  11 enfants, dont Joseph et Jean Amador, ancêtres côté Poitras. Devenu seigneur, Jean Talon le recommandera auprès du roi pour des lettres de noblesse.

Lignée familiale de Jean Godefroy de Lintot

http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=310

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Nicolas Perrot (vers 1644-1717)

Nicolas Perrot a épousé Madeleine Raclos, une fille du roi  bien dotée, arrivée en Nouvelle-France avec son père et ses deux  sœurs. Onze enfants sont nés de cette union dont Marie Françoise (côté Poitras). En 1667, il crée une première société de traite avec  entre autres Toussaint Beaudry (ancêtre côté Vaillancourt). Surnommé Metaminens par les Amérindiens, c’est-à-dire Jambes de fer,  ce Bourguignon d’origine a joué à plusieurs reprises un rôle d’intermédiaire et de pacificateur. Il a su régler des conflits entre différentes tribus.

Ses connaissances des mœurs et coutumes de ceux qu’on appelait alors les Sauvages lui ont valu de nombreuses missions de pacification et lui ont permis de se tirer d’affaires à plusieurs occasions.  Il était reconnu pour ses dons d’orateurs et ses harangues à la manière amérindienne.

Présent lors de la Grande paix de Montréal en 1701, il agissait comme interprète. Il deviendra seigneur. La traite des fourrures ne lui a pas permis de s’enrichir, au contraire, il  meurt ruiné, incapable d’achever ses  Mémoire sur les mœurs, coustumes et religion des sauvages de l’Amérique septentrionale, par manque de papier. L’œuvre inachevée est disponible en ligne.

http://books.google.ca/books/about/Mœurs_sur_les_moeurs_coutumes_et_relig.html?id=ygkOAAAAQAAJ&redir_esc=y

Sa vie dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne :

http://www.biographi.ca/FR/009004-119.01-f.php?id_nbr=1030

et ce site des descendants de Nicolas Perrot : http://nicolasperrot.org/ancetre.html

et quelques ouvrages

Lignée familiale de Nicolas Perreault

Ostensoir de Nicolas Perrot offert à la Mission Saint-François-Xavier de la Baie-des-Puants et qui est toujours conservé au Neville Public Museum

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Sources

Dictionnaire biographique du Canada

Fichier origine

Germain, Georges-Hébert, LES COUREURS DES BOIS, Libre expression.

Jetté, René, DICTIONNAIRE GÉNÉALOGIQUE DES FAMILLES DU QUÉBEC

Langlois, Michel, DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE DES ANCÊTRES QUÉBÉCOIS

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉNÉALOGIE CANADIENNE-FRANÇAISE, vol 35, cahier 160, p. 115-116.

Saintonge, Jacques, NOS ANCÊTRES, Vol. 6, p. 67 à 75. Jean et Thomas Godefroy.

Saintonge, Jacques, NOS ANCÊTRES, Vol 4, p. 151. Les sœurs Raclos.

Sous la direction de Litalien, Raymonde et Vaugeois, Denis, CHAMPLAIN, LA NAISSANCE L’AMÉRIQUE FRANÇAISE, Septention, 2004.400p.

Illustrations

(1)    Peinture d’Archibald Bruce Stapleton  Musée McCord

(2)    Peinture de Suzor-Côté

(3)    Peinture de CW Jeffereys

(4)    Peinture de JD Kelly

(5)    Statue de Nicollet au Wisconsin

(6)    Carte tirée du site Notre petit monde http://www.famille-prevot.fr/JeanNicolet/DocumentsNicoletBiographie.php

(7)    Peinture d’Edwin Willard Deming

(8)    Timbre émis à l’occasion du tricentenaire du Wisconsin.

(9)    Huile sur toile de F. S. Challener

(10) Site des Éphémérides d’Alcide http://www.lessignets.com/signetsdiane/calendrier/juillet/19.htm

(11) L’Habitation de Québec. Plan illustré par Champlain

(12) Sculpture sur bois de Léo Arbour

(13) Peinture de Robert Griffing

(14)Lettres de noblesse de Robert Giffard

(15)Détail, sculpture représentant Nicolas Perrot au Wisconsin

(16)Cérémonie du Calumet (attribué à Edward North

(17)Grande paix de Montréal F. Back

(18)Itinéraire de Nicolas Perrot http://echo.franco.ca/explorateurs/index.cfm?Voir=media&Id=1361&Repertoire_No=2137985650

(19) Ostensoir de Nicolas Perrot offert à la Mission Saint-François-Xavier de la Baie-des-Puants.




13 commentaires de “Des interprètes dits truchements”

  1. BOUTET Henri

    Bonjour Marie

    Ce bref aperçu historique sur nos ancêtres que vous faite démontre encore une fois la richesse des racines qui nous réunit. Vous dans ce florilège de « vaillants » aventuriers, moi, plus modestement,du côté des Boisdon-Vézinat -tonneliers et vignerons rochelais- dont certains ont embarqué pour le Canada. L’histoire qui nous réunit ne demande qu’à être approfondie selon les « plumes » qui s’en emparent : celles des historiens, celles des romanciers, celles des aventuriers (pourquoi pas), celles des poètes et pour vous aussi celles des indiens autochtones. La grande saga humaine en quelque sorte,la véritable histoire surement qui est celle que nous écrivons avec la sève de notre quotidien qui coule en nous et qu’il nous ont léguée. Bravo Marie.

  2. albert andré

    Merci pour les nouvelles et pour votre travail de recherche formidable. Merci de bien vouloir me laisser votre adresse pour me permettre de vous faire parvenir la brochure de notre fête annuelle  » la fête du pain » le 2 septembre 2012 à la ferme de Chey, elle est intitulée  » de Chey à la Nouvelle France  » et sortira fin aôut.
    Nous étions présent à la foire exposition de Niort comme prévu avec une expo sur l’istoire de la Nouvelle France, 6 vitrines avec des objets de l’époque et un conférencier de notre association pour parler des Gobeil. A bientôt.

  3. Janick

    C’est très intéressant de lire la vie de ces hommes-interprêtes en parallèle, voir comment chacun a réagi au même évènement. Ça donne vraiment envie d’en savoir plus… si ce n’était des moines russes!

  4. Alexis

    Chère Marie,

    Ces Vaillancourt n’étaient donc pas des explorateurs ! Tous du côté Chartrand… C’est quand même assez spécial. Marsolet m’a un peu déçu en travaillant, sous l’occupation des frères Kirke, pour les Anglais… ne pensant qu’à son intérêt immédiat. Ainsi germait le gène fédéraliste en Nouvelle-France ! :o) Par chance, on ne l’a pas attrapé celui-là (héhéhé).

    Merci pour ce nouvel article bien documenté. C’est une bonne idée de nous renvoyer au DBC et ailleurs…

    Continue ton super travail !

    Une question : pourquoi, dans les fichiers Word, arrêtes-tu la lignée à Richard ? J’ai remarqué que c’est une pratique répandue… mais ça laisse un trou, non ? J’aimerais bien voir Lylia dans tout ça :o)

  5. GRASSIOT JANY

    Bonjour Marie ,
    Je tiens à vous féliciter à nouveau pour ce merveilleux travail que vous effectuez et la qualité de votre site .
    De ligne en ligne nous sommes comblés de bonheur d’apprendre
    le passé de votre cher pays et d’apprendre la vie de vos aieux
    Ici , dans la Vieille France et plus particulièrement en Aunis
    je prends un réel plaisir à découvrir l’histoire du « berceau »
    de vos ancetres , mais quel régal d’apprendre la suite par le biais de votre plume! Bonjour aux Tremblay , Bergeron , Vézina
    Létourneau qui me sont si proche ! Merci et bravo Marie .

  6. Gemma Picard

    Informations pertinentes et très enrichissantes. Je me demande à quelle source vous puisez pour nous apporter des écrits aussi intéressants. Merci de me compter parmi vos des tinataires.

  7. Lucie

    C’est super intéressant Marie.
    Je me plaît beaucoup à apprendre sur ces ancêtres qui ont eu des contacts avec les amérindiens et je m’intéresse grandement aux amérindiens aussi. Tu dois connaître sûrement le musée du commerce de la fourrure situé à Lachine.
    J’y suis allée 2 fois et ç’est bien.
    Merci! Au plaisir ! Lucie

  8. Denise

    Bonjour Marie,
    si tu m’avais enseigné l’histoire lorsque j’étais petite fille, diable que ça aurait été plus intéressant et vivant!!!

    Je profite de tes écrits et j’apprécie ce partage avec nous du fruit de ton labeur.

    Grand Merci!

  9. Amélie

    Quelles histoires fascinantes! La preuve que le multilinguisme est toujours très enrichissant, même si ce n’est pas toujours de façon monétaire. Aussi, quel travail de recherche pour arriver à cette synthèse si claire et bien construite! (avec de petites anecdotes sympathiques : robe chinoise, arrêt d’écriture par manque de papier!) J’ai bien aimé aussi voir les lignées familiales, le destin qui mène jusqu’à nous.
    Peut-être as-tu déjà développé, mais j’aimerais bien en savoir plus sur l’épisode des frères Kirke…
    Merci!

  10. Paul Grant

    Bonjour,

    Question

    Dans vos présentations, on retrouve parfois des pages originales du recensement de 1666 en Nouvelle-France. Auriez-vous l’amabilité de me préciser à quel endroit vous avez obtenu ces documents?

  11. Micheline Raîche-Roy

    Et maintenant , il vous reste à consulter le site Face Book,  » Nos mères, les filles du Roy » ; des dizaines de photos des activités du 350 e anniversaire des premières filles arrivées en Nouvelle-France.

  12. Jean Delisle

    Bravo pour votre excellent site historique et généalogique que je viens de découvrir. Bien écrit, bien illustré, facile et agréable à consulter. Je travaille en ce moment sur les familles Delisle (ascendant paternel) et Chartrand (ascendant maternel). L’ancêtre Thomas Chartrand (1641-1708) vivait à Rivière-des-Prairies au moment de la bataille de la coulée Grou. J’aimerais savoir s’il a participé à cette bataille. Je n’ai encore rien trouvé l’attestant. Il était cordonnier et cultivateur.
    Par ailleurs, dans la liste intéressante de truchements cités sur votre site, l’illustration sous Olivier Letardif est généralement utilisée pour représenter l’interprète de Champlain, le fameux Étienne Brûlé (v. Etienne Brûlé, Immortal Scoundrel, de J. H. Cranston, Ryerson Press, 1949 et 1969). Brûlé a aussi été représenté sur un timbre-poste.

  13. Marie

    je ne crois pas que Thomas Chartrand ait été présent à la bataille de la coulée Grou. Je connais moins cet ancêtre. J’ai davantage travaillé sur un autre ancêtre de cette famille, Noël Chartrain.


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